La Scanie appartenait alors au Danemark
rouges de cerises. Dans les jardins de la reine, des pommiers en caisse et des melons sous cloches étaient cultivés avec autant d'art et de soin que chez nous.
Pendant que nous côtoyions le lac et que nous jouissions de ses aspects délicieux, le bon Suédois, notre guide, nous montrait au loin une île située au miheu du lac et où, disaitil sérieusement, il y avait une caverne d'une profondeur extraordinaire; là était enfermé depuis plusieurs siècles un magicien, nommé Gilbert, enchaîné par un autre magicien, son maître, avec lequel il avait osé disputer de pouvoir. Plusieurs personnes, soit pour délivrer Gilbert, soit au moins pour le voir, ayant pénétré dans la caverne, avaient payé cette audace en y demeurant elles-mêmes enchaînées par une force mystérieuse. De sorte que le peuple se garde bien d'y entrer. On peut voir, dans Thistoire d'Olaùs Magnus^ que cette fable est répandue dans le pays depuis un très- grand nombre d'années et tenue pour vraie par les gens crédules et superstitieux. C'est assez ordinairement le défaut des peuples qui, nés sous un ciel froid et ne se ressentant pas aussi bien que nous de la bénigne influence du soleil, sont plus lents dans les opérations de l'esprit, et moins propres à distinguer la vérité de l'erreur. Tels sont, au rapport d'écrivains dignes de foi , les Lapons , qui confinent à la Suède, les Islandais et les Groënlandais. Le bas peuple de Stockholm parle d'un immense dragon nommé Necker, qui erre autour des lacs situés dans le voisinage de la ville, et dévore les enfants qui vont s'y baigner. C'est pourquoi, ayant manifesté le désir de m'y baigner moi-même, il n'est pas de moyens qu'on ne mît en œuvre pour m'en empêcher ; et comme, en dépit de ces sottes terreurs, je ne laissais pas
1. Lib. III, cap. .\\. Magnus vOlaiis,, frère de Jean Magnus, archevêque dUps.il, fut c'gilemonl revêtu de celle dignité sans pouvoir en prendre possebsion, el mourut au nionaslcre de Sainle-Brigillo, à Borne, en 15G8. On lui doit Uistoria de gentibus septentrionalibus, etc.. Home, lôJ»5, infol., el Tabula terrarum septentrionalium, 1639.
de me jeter à l'eau, on ne revenait pas de la surprise de me voir reparaître sain et sauf. Pour moi , j'avertis en ami ces bonnes gens de ne permettre à leurs enfants de se baigner dans les lacs que lorsqu'ils sauraient nager; qu'autrement ce ne serait pas le dragon qui les dévorerait, mais les gouffres du fond desquels s'élancent jusqu'à fleur d'eau des rocs irréguliers dont les imprudents n'aperçoivent pas le péril.
Et qu'on ne s'étonne pas si, dans des pays si froids, les chaleurs sont telles qu'il faille les combattre par le bain. Cela tient à ce que pendant l'été le soleil demeure presque constamment sur l'horizon et à la réverbération de sa lumière par les rochers nus. Aussi je ne me souviens pas d'avoir senti nulle part d'aussi grandes chaleurs qu'en Suède. De ce long séjom' du soleil, il résulte que, vers le solstice d'été, je pouvais écrire une lettre à minuit sans lumière.
En hiver, ici et principalement dans les régions plus rapprochées du nord , les hirondelles ont des mœurs singulières. Environ l'équinoxe d'automne et aux premiers froids d'hiver, au lieu d'émigrer au delà des mers et d'aller, suivant leur coutume et celle de la plupart des oiseaux voyageurs , habiter des climats plus doux , elles se plongent dans les lacs, et y demeurent endormies et ensevelies sous la glace jusqu'au retour du printemps. Elles sortent alors, dès que les glaces se fondent, de leur long et froid sommeil, montent à la surface de l'eau et reprennent leur vol ordinaire. Les observations qu'on a faites à ce sujet dans le pays de Caen ne sont pas moins surprenantes. Sous les rochers en voûtes qui régnent le long du rivage de l'Orne, entre Caen et la mer, on voit des pelotons d'hirondelles agglomérées et serrées les unes contre les autres en forme de grappes, rester en cet état suspendues aux voûtes durant tout l'hiver. Aristote n'ignorait pas ces phénomènesS non plus