‹ Mémoires de Daniel Huet, évêque d'AvranchesChapitre 4 sur 59 · IV ÉLOGE HISTOKIUUE DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

IV ÉLOGE HISTOKIUUE DE L'AUTEUR

un tel goût à la géométrie, qu'il en fit son capital, et méprisa presque les écrits que dictait son maître qui heureusement était assez sage et assez habile pour ne lui en savoir pas mauvais gré. Il parcourut tout de suite les autres parties des mathématiques; et quoique cette science ne fût pas accréditée dans les collèges, ni même dans le monde, au point qu'elle l'a été depuis, on lui en fit soutenir des thèses publiques, les premières qui aient été soutenues à Caen.

Il devait, au sortir de ses classes, étudier en droit, et y prendre ses degrés. Deux ouvrages qui parurent^ en ce temps-là interrompirent cette étude utile, et le jetèrent dans une autre plus amusante. Ces deux ouvrages étaient les Principes de Descartes et la Géographie sacrée de Bochari. Une preuve qu'on ne doit jamais avoir de préjugés, ou du moins s'y opiniâtrer, puisqu'un même homme, et un homme très-judicieux, peut quelquefois, dans ses âges différents, penser si différemment, c'est que M. Huet, qui a vivement censuré Descartes longtemps après, le goûta d'abord, l'admira, et le suivit durant plusieurs années. Quant à la Géographie de Bochart, elle fit une double impression sur lui, et par l'érudition immense de l'ouvrage, et par la présence de l'auteur, ministre des protestants à Caen. Tout ce livre était plein d'hébreu et de grec, aussitôt il voulut savoir ces deux langues, alla saluer l'auteur, lui demanda ses conseils, son

1. Les Principes de Descartes, imprimés en 1643, el le Phaleg de Bochart, en 1646.

Page 1