ÉLOGE HISTORIQUE DE L'AUTEUR. V
amitié , et se fit son disciple, mais disciple prêt à devenir émule. Souvent un jeune homme, avec de l'esprit et du courage, n'a besoin que d'un modèle vivant pour déterminer le genre de ses études. Tel qui n'a fait toute sa vie que des madrigaux, aurait été un savant de premier ordre, s'il avait eu de bonne heure un Bochart devant les yeux.
Qu'on ne croie pas cependant que M. Huet fût ennemi des amusements et des exercices qui conviennent à la jeunesse. Il voyait* le monde, il avait soin de se bien mettre, il cherchait à plaire. Véritablement, il n'avait pas de grâce à danser; mais il primait à la course, il était meilleur homme de cheval, il faisait mieux des armes, il sautait mieux, il nageait mieux, dit-il, que pas un de ses égaux.
A vingt ans et un jour, la coutume de Normandie le délivra enfin de ses tuteurs qui lui épargnaient sordidement tout ce qu'ils pouvaient. Sa plus forte passion, et la première qu'il satisfit, dès qu'il se vit son maître , fut de voir Paris , non pas tant par curiosité, que pour se fournir de livres et pour connaître les princes^^ de la Littérature; c'est une de ses expressions. Il rendit d'abord ses devoirs au P. Sirmond, plus que nonagénaire. Cet aimable et respectable vieillard joignait à son grand savoir une grande candeur, qui lui venait de son propre fonds ^ et une grande politesse, que la cour de Rome et celle de