ÉLOGE HISTORIQUE DE L'AUTEUR. VII
Parmi les savants qu'il connut en Hollande, Saumaise tient le premier rang. Dirait-on, à Temportement qui règne dans les écrits de Saumaise, que c'était au fond un homme facile, communicatif , et la douceur même, jusque-là qu'il se laissait dominer par une femme hautaine et chagrine, qui se vantait d'avoir pour mari , mais non pas pour maître , le plus savant de tous les nobles , et le plus noble de tous les savants ?
Quand M. Huet fut de retour dans sa patrie, il reprit ses études avec plus de vivacité que jamais, pour se mettre en état de nous donner son manuscrit d'Origène. Deux sortes d'Académies, l'une qui s'était formée en son absence pour les belles-lettres, l'autre qu'il fonda lui-même pour la physique, servaient à le délasser , où plutôt le faisaient de temps en temps changer de travail.
En traduisant Origène, il médita sur les règles de la traduction et sur les diverses manières des plus célèbres traducteurs. C'est ce qui donna lieu au premier livre qu'il publia, et par lequel il fit, si j'ose ainsi dire, son entrée dans le pays des lettres. On y admire ce qu'on a depuis admiré dans ses autres ouvrages, une lecture sans bornes, une judicieuse critique , et surtout une latinité qui ferait honneur au siècle d'Auguste. Enfin , seize ans après son retour de Suède, il mit son Origène au jour. Ces seize ans, il les passa dans sa patrie, sans emploi, tout à lui et à ses livres , ne se dérangeant que pour venir tous les ans se montrer un ou deux mois à Paris.