Du Plessis-Besançon à Mazarin
Ghiaravalle, le 10 octobre 1647.
Le seul inconvénient qui pouvoit arriver en ce pays contre les progrès de l'armée du roi, qui étoit celui des pluies, est survenu si abondamment depuis le 1" de ce mois, et particulièrement un déluge de trente heures, qu'il a fallu que M. le duc de Modène se soit retiré des environs de Crémone, sur le point de prendre ses quartiers pour l'attaque de cette ville, après y avoir demeuré cinq ou six jours. A quoi les difficultés d'avoir le pain, par je ne sais quel défaut, n'ont pas moins contribué que le mauvais temps, nonobstant la prévoyance et la grande application de M. le cardinal Grimaldi pour prévenir une si importante nécessité, sur quoi, je suis obligé de dire à Votre Éminence que madame de Mantoue et M. le duc de Parme ont marché de si bon pied, que nous avons sujet de nous en louer, et le dernier par l'entremise du marquis Gauffridi. Maintenant, les affaires sont réduites à ce point que mondit sieur le duc de Modène devoit arriver ce soir à Casai- Major^ avec toutes les troupes, non moins fatiguées de l'injure de la saison que diminuées de nombre. On avoit pensé que, le beau temps étant revenu, comme il est, on pouvoit faire le siège de Sabionnette^; mais, par une lettre que j'ai reçue ce matin de M. d'Estrades qui en a fait la reconnoissance, le pays marécageux oij cette place est située ne le peut nullement permettre. Aujourd'hui, mondit sieur le cardinal m'a commandé d'écrire à M. d'Estrades, sur les choses qu'il juge être à faire présentement, qui vont à établir le quartier général à Casai-Major et en prendre trois autres plus avant dans le pays, nommés Gastel-Pouzon, Saint-Jean-in- Cruce et Piadene-'', par le moyen desquels on assureroit pour nous tout celui qui est derrière, faisant contribuer une bonne partie de ce qui est au-devant. L'avis de Son Éminence a été aussi qu'on aille reconnoître lesdits lieux, en attendant un abouchement que M. le duc de Modène désire avec elle, afin de pouvoir prendre une résolution mieux fondée, puisqu'il semble, en cette conjoncture, qu'il n'y a rion à faire de plus important, pour la réputation et pour l'utilité, que de pouvoir maintenir des quartiers dans leCrémonois, tant pour soulager la bourse du roi, pour faire subsister un corps de troupes qu'il faut conserver par deçà cet hiver à quelque prix que ce