‹ Mémoires de Du Plessis-BesançonChapitre 135 sur 146 · Le manuscrit porte Calis · texte numérisé non relu

Le manuscrit porte Calis

pouvant prendre qu'ensemble, après avoir fait voile et reçu les derniers avis de Rome et de ceux qui en doivent venir, la personne de mondit sieur le cardinal y étoit absolument nécessaire, Son Éminence y a aussitôt donné les mains et résolu de s'embarquer sur V Amiral, le lendemain de leur conférence, qui fut hier, et le sieur du Plessis-Besançon aussi.

Cependant, pour ne demeurer pas sans dessein en attendant qu'il y ait occasion ou nécessité de se déterminer plus affirmativement, ce qu'il étoit plus expédient à faire en cette conjoncture ayant été mis en délibération, il est jugé qu'avec deux mille cinq cents hommes de pied et environ cent soixante-dix chevaux, que nous pouvons avoir d'assurés sans les démontés du régiment colonel, on ne doit pas se hasarder de rien entreprendre au delà de Naples ni en terre ferme qu'on ne soit certain de ce que deviendra l'armée navale des ennemis, de quelque soulèvement considérable ou d'un parti formé dans le pays qui nous tendit la main, mais de se contenter en attendant de l'attaque de Procida.

Les raisons qu'on a eues de projeter cette résolution sont que c'est avec assez de fondement qu'on espère d'emporter l'ile et la place, pourvu qu'on ait seulement quatre ou cinq jours de temps pour faire la descente des troupes et y mettre en magasin les vivres, munitions et autres choses et provisions nécessaires, tant pour leur subsistance que pour faire le siège, avant que ladite armée navale des Espagnols puisse arriver; parce qu'outre qu'on demeureroit apparemment en posture d'empêcher leur jonction et de les combattre séparés, sans se divertir de cette entreprise, on se donneroit des mouillages et des abris assurés pour les vaisseaux et galères du roi en y réussissant, et l'on ne voit pas que le succès en puisse être troublé par les forces qu'ils ont à Naples et aux environs, qui ne sont pas moindres de six à sept mille hommes payés, compris leur cavalerie. Mais, au contraire, il semble qu'à moins d'avoir plus de certitude et de connoissance de ce que feront les Napolitains, auxquels il ne faut s'attendre que de bonne sorte, il seroit trop périlleux de se jeter en terre ferme et de s'éloigner au delà de Naples avec si peu de forces et de cavalerie pour tenir la campagne, d'autant qu'on s'y trouveroit sans postes et sans aucune sûreté pour ce qui seroit descendu; joint que la flotte ennemie pouvant paroitre pendant le terme qui est nécessaire pour les premières actions, celle du roi se trouveroit embarrassée dans une pareille surprise, ayant à combattre et à pourvoir aux nécessités de tout ce qu'on auroit désembarqué presqu'en même temps, ce qui ne peut pas arriver

au dessein de Procida, parce que c'est une île, et qu'étant beaucoup plus proche de nous et pouvant y agir plus tôt qu'en des lieux plus éloignés, on aura vraisemblablement plus de loisir de se mettre en état de ne recevoir pas un déplaisir, sauf à pousser les affaires plus avant après cela, soit à Naples ou dans les provinces, selon les occasions et la raison qu'il y aura de le faire

Et, comme il peut arriver ou que la présence de ladite armée navale des ennemis, soit sur les lieux ou par rencontre dans le voyage, empêchera qu'on puisse entreprendre autre chose que de la combattre, et qu'encore qu'on remportât l'avantage sur elle, on restera néanmoins tellement aftoibli de troupes et de munitions qu'on ne sera plus en état de pouvoir agir, ou qu'on la trouvera en telle posture que, par des empêchements essentiels, on ne la pourra joindre ni attaquer sans un trop grand et manifeste désavantage, et qu'en troisième lieu, les calmes ou les vents contraires peuvent de telle sorte retarder la fin de notre voyage qu'on ne pourra s'y opiniâtrer sans ruiner et consommer les moyens de faire quelque chose d'ailleurs; au premier cas, les dommages qu'on auroit reçus ne pouvant être réparés que de la cour ou par ses ordres, ni prendre autre parti que de se rapprocher pour cet effet des côtes de France, on a juge à propos de lui en donner avis à l'avance, non seulement pour lui faire part de nos pensées, mais afin de lui bailler temps d'y pourvoir et de nous faire connoître ce qu'elle jugera plus expédient de faire ensuite dans un pareil rencontre. Quant aux doux autres points touchés ci-dessus, d'autant que nous y pouvons remédier de deçà et prendre les résolutions de nous-mêmes pour l'un des autres desseins de Final ou de Minorque, il n'en est fait mention dans ce mémoire que pour faire voir la nécessité qu'on aura des renforts qui ont été promis ou pour avoir plus tôt les intentions de Leurs Majestés sur ce qu'on fera des troupes que nous avons ici, supposé qu'on fût réduit à ne s'en pouvoir servir en terre.

Voilà ce qu'on peut dire présentement des dispositions où l'on est de deçà, si ce n'est que le manquement des vivres des galères (qui n'en ont (|ue pour juscjups au 25 août pour le plus), le peu de sûreté qu'il y a qu'elles en puissent assez tôt recevoir, nonobstant les précautions que l'on prend pour cet eiVet, et l'apparence que l'on voit que les vaisseaux de Port-Mahon peuvent être à peu près en même temps que nous où nous devons aller sont les inconvénients qui sont les plus à craindre, et qu'étant d'ailleurs chargés de troupes, d'officiers, de chevaux et de Napolitains, qui coûtent beaucoup et consomment les victuailles de nos vaisseaux

et galères, il faut nécessairement s'en défaire au plus tôt et les employer à quelque chose, pour éviter les ruines et le mauvais

effet d'un long embarquement

(Minute. Affaires étrangères, Naples, VIII, 311.)

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