‹ Mémoires de Du Plessis-BesançonChapitre 136 sur 146 · Mémoire pour la cour · texte numérisé non relu

Mémoire pour la cour

Procida, le 7 août 1648.

Les calmes ou le peu de vent ayant empêché que l'armée navale du roi soit arrivée dans le golfe de Naples avant le 5, et tous les ordres nécessaires ayant été donnés le jour et la nuit précédents pour faire la descente projetée dans l'île de Procida, on jugea qu'il étoit à propos auparavant de faire sommer la place, pour éviter les désordres que les gens de guerre pourroient y faire, si le débarquement avoit été défendu, ayant appris qu'il n'y avoit que les habitants, au nombre de huit à neuf cents hommes, sans aucune garnison étrangère, et qu'ainsi la crainte de perdre tous leurs fruits et de voir saccager leurs cassines pouvoit les obliger à quelque résolution qui nous feroit gagner beaucoup de temps.

Pour cet effet, on envoya une galère avec le marquis de la Caya, qui connoissoit le capitaine qui commandoit dans ladite place pour le marquis del Vast, et une chaloupe avec un trompette pour faire la chamade, à laquelle il fut aussitôt répondu par lesdits habitants que nous étions les bienvenus; de sorte qu'après quelqu'opposition de la part de cinq ou six familles d'inclination espagnole et l'ajustement des capitulations accordées par M. le prince Thomas, la chose fut entièrement résolue, et, le lendemain matin 6, M. de Quincé, qui étoit de jour, y fit entrer la garnison, bien que le prince de Montesechio y fût arrivé la nuit précédente, avec promesse d'un prompt secours d'hommes et de toutes les autres choses nécessaires pour la défense de la place et dissuader les habitants d'exécuter l'ajustement déjà résolu.

Le même jour, M. le cardinal Grimaldi et Son Altesse, avec les principaux chefs de l'armée, furent visiter la place, laquelle, hors une des extrémités qui regarde la terre ferme du cap de Misène, fut trouvée assez bonne, n'ayant qu'une tête à garder, qui est défendue par un bastion et deux demis, et telle, quant au reste, qui est gardé du précipice et de la mer, qu'elle eût pu nous occuper quelque temps, mais beaucoup plus s'il y avoit eu seulement deux ou trois cents hommes de guerre pour la défendre, étant de fort petite garde et capable d'être mise en très bon état avec peu de dépenses, par le grand avantage qu'en donne sa situation natu-

relie et ce que l'art y a déjà contribué Se trouvant posée entre

la terre ferme et l'île d'ischia et séparée de l'une et de l'autre par deux canaux d'environ deux milles de large, elle donne des mouillages et des abris très assurés pour grand nombre de vaisseaux et de galères contre toute sorte de vents, rendant par ce moyen ce poste l'un des plus considérables de toutes les côtes d'Italie

Après avoir fait cette visite et ordonné tout ce qu'il falloit pour la munir et réparer, Son Altesse y a établi pour commandant le sieur de Valernault, capitaine au régiment de Sault et personne de mérite et d'expérience, avec trois cents hommes, dont il y en a cent d'Allemands, et s'est montrée ensuite à la vue de Naples avec toute l'armée navale du roi, composée d'environ soixante-dix voiles, tout compris, mais sans aucun effet, de façon que, les vents s'étant mis à l'est dès le soir, on a été contraint de se venir remettre sous Procida.

Pendant cette promenade, messieurs des galères représentèrent à mondit sieur le prince Thomas et à M. le cardinal Grimaldi que la plus grande partie n'avoient des vivres que pour aller au 23 du courant Il est à craindre que cette nécessité ne mette l'armée du roi hors d'état de pouvoir agir ni faire chose de considération dans ces côtes, outre que le grand nombre de malades que produit la canicule et les incommodités d'un si long embarquement ont notablement diminué celui de notre infanterie.

Néanmoins, on est comme résolu, si quelqu'autre accident ne s'y oppose, de passer dans le golfe de Salerne, pour examiner de dessus les lieux, s'y faisant voir avec toutes les forces, le sujet qu'il y aura d'obtenir quelque fruit de ce que tout le canton de ce pays-là, jusques vers Gastellaniare, fait espérer au sieur PoUto Pastino à la vue de notre armée. Mais, comme c'est une mer fâcheuse et sans ports, où l'on ne sauroit séjourner qu'avec péril, notamment pour les galères, la tentative n'y sauroit tirer de longueur, à moins d'y voir de fortes apparences d'une grande utilité

(Minute. Affaires étrangères, Nai>les, VIII, 321.)

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