Du Plessis- Besançon à Brienne
Extrait. Gènes, le li octobre 1653.
J'appris hier de bonne part que M. le duc de Mantoue
faisoit un voyage à Venise et que, de là, il passe à Insprùck avec madame l'archiduchesse, d'où il doit ramener une garnison d'Allemands pour Casai; cela étant, il ne faut point douter que, sous prétexte que ce ne sont point des troupes suspectes, cette place ne demeure à la dévotion des Espagnols, et c'est le moindre inconvénient qui en puisse arriver; le marquis délia Val en devoit partir au plus tôt pour se rendre à Mantoue. Et, enfin, si le pape et les Vénitiens ne font prendre d'autres résolutions à ce prince dans la présente conjoncture, quelque inclination qu'en son particulier il ait pour la France, c'est se flatter de croire qu'il ne cède aux instances de sa sœur, de sa mère, de sa femme, et à l'autorité que s'est acquise le marquis délia Val, qui le flatte d'ailleurs de l'espérance prochaine d'être réintégré dans cette partie du Montferrat adjugée à Savoie, par l'entremise d'une si puissante protection que celle de toute la maison d'Autriche. Par où vous voyez que le jugement que j'en fis, à mon retour d'auprès de cette Altesse, n'étoit pas mal fondé. Je finis en vous disant que, si le temps ne m'est contraire, je fais état de me pouvoir rendre à Marseille dans le 25 du courant.
(Minute. Affaires étrangères, Venise, LXXVI, 288, 289.)
Soissons, le 16 octobre 1653.
J'ai reçu votre dépêche du 23 de septembre et vu avec plaisir tout ce qu'elle contient; je n'avois pas besoin des nouvelles
preuves que vous avez rendues, en ce dernier voyage, de votre habileté au maniement des grandes affaires pour estimer votre mérite, puisque, dès que j'eus l'honneur de vous proposer au roi pour le servir en cet emploi, je vous considérois déjà comme une personne des plus capables que je connusse de s'en bien acquitter. Mais je vous avoue que, s'il se pouvoit ajouter quelque chose à la bonne opinion que j'ai de vous, la manière dont vous vous êtes conduit en vos négociations avec les princes et républiques dont vous venez présentement, auroit achevé de le faire et très avantageusement pour vous. A la vérité, nous n'attendions pas que toutes vos diligences pussent produire grand effet, mais il étoit absolument nécessaire de les hasarder, et l'on auroit failli sans doute si l'on en eût usé autrement. Au reste, votre plan des affaires d'Italie est un chef-d'œuvre qu'on ne peut assez louer; je l'ai vu et considéré avec toute la satisfaction possible. Je serai bien aise d'avoir au plus tôt celui de Final; cependant, je vous dirai que, s'il y avoit lieu d'ajuster avec la république de Gênes qu'elle assistât secrètement Sa Majesté pour chasser les Espagnols de cette place-là, quand même ce devroit être à la charge de la remettre après au pouvoir de ladite république, le roi entendroit volontiers à cette affaire, et l'on disposeroit, sans perte de temps, les choses nécessaires pour la faire réussir; on leur pourroit même promettre, en ce cas, le traitement qu'ils désirent avec tant de passion.
(Original. Affaires étrangères, Venise, LXXVI, 292.)