Gourcelles, Pairs de France
NOTICE BIOGRAPHIQUE. xxxiij
pagne avec le prince Thomas de Savoie et le cardinal Grimaldi. La plupart du temps, ses fonctions se bornèrent à celles de chef d'état-major d'une armée ou d'homme du roi, c'est-à-dire d'homme de confiance du souverain et du premier ministre auprès des généraux chargés du commandement en chef. Malgré cela, même comme militaire, son nom a percé dans l'histoire. Aux sièges de la Rochelle et de Fontarabie comme ingénieur, au secours de Casai comme chef de l'avant-garde française, aux sièges de Salces, de Rivesalteset de Perpignan sous le prince de Gondé, aux combats devant Barcelone en 1641, à la bataille de Llorens sous le comte d'Harcourt, du Plessis-Besançon a rendu des services que tous ses contemporains sont unanimes à signaler*.
Gomme diplomate, il mérite encore bien davantage d'être apprécié et connu. Son premier essai dans les négociations fut un véritable coup de maître. En 1640, au moment même où le Portugal secouait le joug de l'Espagne, les Gatalans, jaloux de leurs libertés, se soulevèrent contre l'autorité du roi catholique, massacrant les officiers du prince et chassant de leur province les garnisons espagnoles. Quelle bonne fortune pour Richelieu s'il pouvait faire tourner de pareils événements à notre profit, mais aussi combien aventureuse la mission qui incombait à celui qui, seul et sans armée, allait s'avancer au nom du roi de France au milieu de la province bouleversée! Du Plessis-Besançon fit preuve, en cette circonstance, d'autant de sang-froid que de courage. Il repoussa avec des bandes de Catalans enrégimentées à la hâte et mal exercées les troupes espagnoles qui vinrent assiéger Barcelone et signa successivement avec les Brassos, ou états généraux de la Catalogne, deux traités qui placèrent cette province sous l'administration directe du roi de France et qui nous valurent la conquête définitive du Roussillon.
{.Mémoires de Richelieu, de Bassompierre, de Fontenay- Mareuil, de Monglat. Gazette de France; Mercurio di Siri ; Mercure de France, etc.
xxxiv NOTICE BIOGRAPHIQUE.
Aucun coup plus décisif ne fut, pendant toute cette guerre, porté à la monarchie espagnole. Nos négociateurs au congrès de Webiphalie s'en rendirent bien compte, et Servien écrivait à ce propos de Mïinster à du Plessis-Besançon : « Les moindres progrès que l'on fait en Catalogne sont plus « sensibles à nos ennemis et les réduiront plus tôt à la raison * que tout ce que l'on peut faire ailleurs. »
Les missions confiées à du Plessis-Besançon auprès du corps des Weymariens, en 1643, et auprès du parlement de Rouen pendant la Fronde, ne constituent, dans le cours de sa vie, que des épisodes d'importance secondaire. Que dire des négociations poursuivies par lui, en 1644 et en 1649, avec le duc Charles de Lorraine, souverain sans états, général d'une armée vagabonde, politique sans cervelle, mari bigame, errant sur nos frontières ou chevauchant au milieu de ses soldats, en compagnie d'une aventurière de marque, la princesse de Cantecroix? Elles étaient d'avance condamnées au néant. Elles eurent au moins pour résultat de détourner, pendant quelques mois, les troupes du prince lorrain des champs de bataille où, sans cela, nous les eussions probablement rencontrées. L'envoi de du Plessis-Besançon à Bruxelles, après Rocroy, pour essayer d'amener Don Francisco de Mello à trahir le roi d'Espagne et à passer dans nos rangs, est un fait inconnu de tous les historiens. 11 montre la confiance sans limites qu'avait Mazarin dans le tact de cet agent. On peut recommander comme un modèle de finesse et de pénétration les instructions données par le cardinal pour cette délicate mission.
Mais tout cela n'était, en quelque sorte, que le prélude de l'œuvre diplomatique à laquelle du Plessis-Besançon mérite d'attacher pour toujours son nom, nous voulons parler de la substitution de l'infiuence française h l'influence espagnole dans la péninsule italique. Par suite de sa naissance et des premiers emplois qu'il avait occupés, Mazarin connaissait merveilleusement ce champ d'action. Il n'eut garde d'oublier
NOTICE BIOGRAPHIQUE. xxxv
un terrain aussi propice pour combattre la monarchie espagnole. Du Plessis- Besançon fut, avec Fontenay-Mareuil, chargé par le cardinal, pendant les années 1646, 1647 et 1648, de changer l'orientation de la politique des cours italiennes. Tandis que le marquis de Fontenay résidait à Rome, étendant de là son influence jusqu'à Naples et en Sicile, où il entretenait des éléments de révolution, pendant que d'autre part nos flottes s'emparaient des présides de Toscane et de l'île d'Elbe et que nos armées s'efîbrçaient de pénétrer dans l'état de Milan, du Plessis-Besançon, accrédité auprès de tous les potentats et des républiques d'Italie, parcourait le nord et le centre de la péninsule, tantôt commandant une opération de guerre, puis risquant d'être enlevé par quelque parti ennemi, ou bien encore gagnant quelque nouvel allié à la France. « Je vous envoie comme nonce « volant en Italie, » lui avait dit Mazarin avant son départ. Et de fait, il ne cesse de circuler, infatigable, toujours en éveil, toujours sur le point où sa présence paraît le plus utile. En 1647 éclata à Naples l'insurrection de Mas- Aniello. Celui qui avait si heureusement tiré parti de la révolte de Catalogne n'était-il pas tout indiqué pour porter aux Napolitains les secours de la France et pour infliger un nouvel échec, plus sensible encore, à la monarchie d'Espagne? Du Plessis-Besançon fut désigné pour diriger l'expédition projetée. Par malheur, on s'y prit trop tardivement : l'entreprise était mort-née. Les troubles de la Fronde commençaient déjà à agiter le royaume et à jeter le désarroi dans nos finances. Toute l'œuvre de Richelieu et de Mazarin allait, pendant quelques années, demeurer en suspens, là où de graves échecs ne nous firent pas perdre nos meilleures positions. En Italie, notre influence subit sur toute la ligne un mouvement de recul : nos armées avaient dû céder le Crémonais, les présides de Toscane et l'île d'Elbe. La cour de Modène nous avait abandonnés. Le duc de Mantoue, de connivence avec les Espagnols, nous avait fait perdre Casai,
xxxvj NOTICE BIOGRAPHIQUE.
que, depuis vingt ans, nous occupions comme un poste avancé contre le Milanais. Il fallut regagner peu à peu le terrain perdu. Du Plessis- Besançon reprit patiemment l'œuvre qu'il avait lui-même commencée. En 1653 et 1655, nous le retrouvons parcourant l'Italie, renouant partout les fils coupés par nos malheurs. Ses efforts produisirent le meilleur effet, et, pendant qu'il allait, comme ambassadeur à Venise, occuper un poste d'où il continuait encore à observer et à diriger les princes de la péninsule, Modène et Mantoue revinrent à nous. Notre influence reprit une place prépondérante et, peu après, les Espagnols, en même temps vaincus sur d'autres champs de bataille, consentirent à signer la paix des Pyrénées.
L'œuvre de du Plessis-Besançon est, comme on le voit, loin d'être à dédaigner. Nous nous estimerons heureux si cette publication peut contribuer à sauver de l'oubli le digne collaborateur de deux des plus grands ministres qui aient jamais présidé aux destinées de notre pays.
DE
Mémoire ou relation sommaire de mes services depuis mon arrivée en France jusques à la mort du feu roi.
1627. — J'étois en Hollande, lieutenant au
régiment de Candalle^, à la veille de prendre possession de la compagnie de mon capitaine, qui avoit passé dans la cavalerie, et, comme il m'est aisé de le justifier, en assez bonne posture auprès du prince d'Orange^ pour monter en peu de temps aux premières charges de l'infanterie, lorsque je reçus commandement exprès du roi de quitter le service des États pour venir en celui de Sa Majesté, ce que je fis incontinent après le siège de Grosle^, et commençai de servir en France dès les premiers jours des approches de la Rochelle en Tannée 1627^
1. Henri de Nogaret d'Épernon, duc de Gandalle (1591-1639), lieutenant général des armées du roi, commandait à cette époque en Hollande un régiment d'infanterie sous les ordres du prince d'Orange.
2. Frédéric-Henri de Nassau, prince d'Orange (1584-1647), fut investi du stathoudérat des Provinces-Unies en 1625. Il était alors l'allié de la France contre les Espagnols.