‹ Mémoires de Du Plessis-BesançonChapitre 17 sur 146 · Grol ou Groenlo, ville des Pays-Bas, province de Gueldre · texte numérisé non relu

Grol ou Groenlo, ville des Pays-Bas, province de Gueldre

4 . Du Plessis-Besançon arriva à la Rochelle le 26 novembre 1 627 , (Mémoires de Dassompierre.)

16218. — Les services que je rendis en ce fameux siège, tant par mer pour fermer le canal par le moyen des machines^ que je fis faire de mon invention, que par terre pour former la contrevallation^ (la principale conduite des lignes, forts et redoutes m'ayant été donnée dans les quartiers de Bassompierre^ et de Schonberg *), et le fruit qu'ils ont produit pour le bon succès d'un si grand dessein sont connus de toute la cour. Ils furent si agréables au roi et à feu M. le cardinal de Richelieu que, dès l'année suivante. Sa Majesté me fit donner les provisions de conseiller de guerre et capitaine des travaux de Picardie, avec deux mille quatre cents livres d'appointements, et, peu après, m'honora d'une pension de pareille somme dont on me fit expédier des lettres patentes^.

16219. — En l'année 1629, je fus envoyé^ près M. le duc de Guise^, qui m'avoit demandé au roi pour

1. Il est question, à diverses reprises, de ces engins dans les Mémoires de Richelieu, de Bassompierre et de Fontenay-Mareuil. Voir, dans le tome XVIII des Archives historiques de la Saintonge et de CAunis (1890), la notice que nous avons publiée au sujet de ces machines, ainsi que la correspondance que du Plessis-Besançon échangea pendant le siège de la Rochelle avec le cardinal de Richelieu.

2. Il fit élever notamment, au mois de février 1028, le fort de Sainte-Marie, au nord de la ville. (Mémoires de Bassompierre.)

3. François do Bassompierre, maréchal de Franco (1579-1646), l'auteur dos Mémoires.

4. Henri, comte de Schombcrg (1583-1632), maréchal do France.

5. Ces lettres sont datées du 10 novembre 1629. (Cabinet des titres, GCGIX, 18, 19.)

0. Le laissez-passor ((ui lui fut donné pour cette mission est daté du 14 janvier \iYl9. (Cabinet des titres, CCCIX, 15.)

7. Charles de Lorraine, duc de Guise (1571-16'iO), grand maître de Franco, gouverneur de Provence et amiral des mers du Levant.

servir d'aide de camp sous lui dans l'armée qu'il devoit commander pour le secours de Casai ^, et la faire entrer en Piémont par le col de Tende. Outre les services ordinaires de la charge que j'y faisois, j'en rendis un particulier assez considérable, car, étant allé pour reconnoitre les passages de la rivière du Var, qui sépare la Provence du comté de Nice, où l'on se trouvoit fort empêché, j'observai si heureusement les difficultés qui s'y rencontroient, sous prétexte d'un voyage que je fis pour négocier quelque autre chose avec don Félix de Savoie^, que, pour les surmonter toutes, je donnai l'expédient d'un pont de chaloupes, que je fis partir d'Antibes et entrer de nuit par l'embouchure du Var, chargées des matériaux et ouvriers nécessaires pour le construire, en sorte qu'il fut plus tôt fait et nous logés au delà que les ennemis ne s'en furent aperçus, les galères d'Espagne qui vinrent ensuite de Villefranche avec les troupes savoyardes pour s'y opposer ayant déjà trouvé la plus grande part des nôtres au delà quand elles arrivèrent.

Mais les barricades de Suse^ ayant été forcées en

1. Capitale du Montferrat. Charles de Nevers, prince français, ayant hérité en 1628 du Montferrat, les Espagnols envahirent cette province la même année. Casai soutint alors contre eux un siège mémorable sous la direction de Jean de Rechignevoisin, seigneur de Guron. Ravitaillée une première fois, la place fut assiégée de nouveau et défendue par Toiras.

2. Don Félix de Savoie, fils naturel du duc Charles-Emmanuel et d'Argentina Prouvana. Il fut lieutenant général du comté de Nice, gouverneur de Savoie, conseiller d'État, grand-croix de l'ordre de Malte, et mourut en 1644.

3. Le duc de Savoie, Charles-Emmanuel I, alors notre ennemi, avait fait défendre le pas de Suse par trois rangées de barricades garnies de troupes. Cet obstacle fut rapidement enlevé par l'armée française.

même temps par Tarmée que le roi commandoit en personne, j'y fus joindre Sa Majesté incontinent après la paix, qui m'ordonna d'aller prendre mon équipa^çe en Provence et de me rendre au plus tôt à sa suite pour la continuation de la guerre contre les huguenots, où je servis si utilement en plusieurs sièges de considération qu'on ne me donna pas la moindre part au bon événement qu'ils eurent. Je reçus diverses blessures en cette campagne, qui finit glorieusement par la réduction de Montauban, ayant toujours eu la principale conduite des approches à l'attaque de M. le duc de Montmorency^; mais celle de Privas ^ fut remarquée sur toutes, parce que j'y fis voir la première batterie qu'on eût encore vue en France de six pièces de canon sur le bord du fossé, après avoir assuré de sorte la tranchée (quoiqu'il n'y eût que demi-pied de terre sur la roche vive) que MM. d'Efïîat^ et de Saint- Simon^ allèrent sans péril à cheval jusqu'à la tète. Et, au lieu de m'en revenir à Paris avec M. le cardinal de Richelieu, celui-ci me fit partir pour aller faire

1. Henri II, duc de Montmorency, amiral et maréchal de France, gouverneur du Languedoc, condamné à mort et exécuté à Toulouse en 1632.

2. Le maréchal de Bassompierre, dans ses Mémoires, semble peu enthousiaste des travaux exécutés par du Plessis-Besanr.on devant Privas. Voici dans quels termes il en parle : « Le mardi

« 22 [mai 1627J, Champagne arriva Il y avoit un quartier qui

(( attaquoitunc corne, où Picardie t.ravailloitavec M. de Montmo- « rency, à qui on avoit donné Le Plessis-Besançon, dont je fus « marry. »

3. Antoine Uuzé, marquis d'Eftiat (1581-1632), surintendant des tinances et maréchal de France.

4. Claude de Rouvroy, marquis puis duc de Saint-Simon, premier gentilhomme de la chambre du roi, père de l'auteur des Mémoires.

une exacte reconnoissance de la frontière d'Espagne, depuis celle du pays de Foix jusqu'à Bayonne.

\ 630. — En Tannée 1 630, feue Son Éminence ayant désiré de m'emmener avec elle en Piémont pour le siège de Pignerol, le roi me voulut avoir auprès de lui et commença de me faire exercer les fonctions de maréchal de bataille \ sous Sa Majesté même, dans la guerre de Savoie, ce qui dura longtemps après le retour de Son Éminence à la cour, qui étoit lors à Grenoble. Et je continuai de servir en divers emplois le reste de la campagne, tant que le maréchal de Schonberg eut ordre de passer les monts pour préparer les moyens de ce mémorable secours de Casai, où Son Éminence le cardinal Mazarin donna de si belles marques de sa conduite et de son affection singulière envers la France^. Je reçus alors commandement de quitter l'ouvrage de certains forts que je faisois construire en deçà du mont Genis, et de partir avec le maréchal ou plutôt de le précéder de quelques jours, chargé du secret de l'entreprise des retranchements de Veillane^, à l'exécution de laquelle on jugea que mes diligences et mon action avoient notablement contribué.

Peu de temps après, étant choisi par MM. les géné-

1. Ce grade correspondrait aujourd'hui à celui de chef d'étatmajor dans une armée.

2. Allusion au rôle joué en cette circonstance par Giulio Mazarini, qui était alors un simple officier au service du nonce Panzirolo et qui intervint entre les Français et les Espagnols, pour leur annoncer que la paix était faite, au moment où les deux armées étaient sur le point d'en venir aux mains.

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