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Quelque temps après, étant avec M. du Rallier^ au bout de la même vallée pour en fortifier la tête et empêcher les ennemis d'y revenir, je reçus ordre du roi de m'en aller au pays de Valais demander passage aux Valesans pour entrer dans le Milanois avec une armée de vingt mille hommes, et, à la faveur de ce voyage (qui n'étoit que le prétexte du dessein véritable) , reconnoître tous les passages de Savoie qui nous pouvoient donner entrée dans le Piémont, depuis le grand Saint-Bernard jusqu'au petit, ce que je fis à pied durant sept ou huit jours, avec beaucoup de péril et de peine, dont je dressai une carte que je présentai au roi et à feu M. le cardinal à Saint-Jean-de-Maurienne^. Et ce service leur fut si agréable qu'étant joint aux autres de la même campagne, l'hiver ensuivant, Sa Majesté me gratifia d'une bonne partie de la récompense qu'il fallut donner pour la charge d'aidemajor au régiment de ses gardes^. Elle voulut que j'entrasse dans ce régiment pour avoir un caractère qui me donnât autorité d'y commander l'exercice, à cause de la connoissance que j'avois de tous ceux de
Savoie eut lieu les 30 et 31 mai et le 1" juin 1630 {Mémoires de Bassompierre). Le récit du maréchal diffère de celui-ci sur plusieurs points de détail.
1. François de l'Hospital, comte de Rosnay, seigneur du Hallier, frère du maréchal de Yitry. Nommé maréchal de France en 1643, il fut connu, à partir de cette époque, sous le nom de maréchal de l'Hospital et mourut en 1660.
2. Mémoire de tous les chemins et issues du pays de Valais, soit pour aller en Chahlais et Fossigny, soit pour aller dans le val d'Oste, Milanois, Grisons, Lucerne, Berne et Fribourg, écrit de la main de du Plessis-Besançon. (Affaires étrangères, Turin, XIV, 562.)
3. Commission du 21 janvier 1631. (Cabinet des titres, CCGIX, folio 20.)
l'infanterie et des ordres généraux de bataille, dont elle s'occupoit alors avec beaucoup d'attention, d'intelligence et de plaisir, et parce que j'avois eu Fhonncur de lui en faire voir les premiers plans, selon les différentes règles et pratiques des armées d'Allemagne, de Hollande et des Pays-Bas.
1631 . — En l'année 1631 , après la sortie de Monsieur^ hors du royaume par Bellegarde, feu M. le cardinal, en prévoyant les suites et qu'elles nous tireroient enfin à quelque rupture avec les Espagnols, la reine mère^ ayant aussi passé en Flandres pour les raisons que chacun sait, on m'envoya, avec autant de confiance que d'estime, faire la visite et revue générale de toutes les villes de guerre, forteresses, magasins et troupes qui étoient depuis la frontière de Bresse jusqu'à celle de Calais. J'envoyai à la cour, de lieu en lieu, les mémoires de mes reconnoissances et mes avis particuliers sur les réparations qu'il y avoit à faire pour mettre les places en sécurité contre les surprises, à quoi M. de Noyers^ fut employé depuis et le sieur
1. Gaston, duc d'Orléans, frère de Louis Xlll. En hostilité constante avec Richelieu, il sortit du royaume le 26 mars 1631.
2. Marie de Médicis quitta la France le 19 juillet 1631 et se retira à Avesnes, dans les Pays-Bas espagnols. Voir la notice biographique ci-dessus.
3. François Sublet de Noyers (1578-1645), intendant des tinances en 1626, ministre de la guerre en 1636. Du Plessis-Besançon eut beaucoup à se plaindre des procédés de de Noyers à son égard. « Toute la terre savoit que je n'en ai jamais reçu que du mal et « monseigneur lo cardinal a été souvent présent lui-même aux « pièces qu'il me faisoit pour agrandir ses proches à mes dépens « et leur appliquer le fruit de mes services. » (Du Plessis-Besançon au maréchal du Plessis-Praslin. Lettre datée de Turin, 14 novembre 1646. Affaires étrangères, Naples, IV, 31.)
d'Argencourt^ au lieu de moi pour la raison qui se verra dans l'article suivant.
Mais, peu de jours après mon retour de ce voyage, sans autre sujet que la politique délicate et sévère du temps, je fus mis en arrêt à la Bastille-, où je demeurai trois ans et demi (c'est-à-dire le reste de 1631, tout 16321, 1633 et 1634), parce que mon frère avoit passé en Flandres avec la reine mère^, ainsi qu'il plut au roi de s'en expliquer à M. le comte de Tresmes*. Pendant ces trois années, au lieu de murmurer contre ce traitement (que Sa Majesté voulut qu'on me fit le plus doux qu'il seroit possible, étant même payé de mes pensions et appointements) , ou au lieu de me servir des moyens que j'avois de sortir de prison^, je
1. Pierre Gonti d'Argencourt devint, en 1637, maréchal de camp et mourut lieutenant général en 1655.
2. Du Plessis-Besançon fut amené à la Bastille le 23 juillet 1631 {Bulletin de la Société de V Histoire de France, année 1852, page 332). Son arrestation est mentionnée eu ces termes, dans un Journal manuscrit du règne de Louis XIII, conservé à la bibliothèque de l'Institut : « Le Plessis-Besançon, le frère de celui qui avoit con- « duit l'entreprise de la Gapelle, fut envoyé à la Bastille. Il étoit « depuis peu aide-major au régiment des gardes, homme fort vail- « lant et bien entendu au fait des fortifications, capable de servir « dans la guerre. » (Manuscrits Godefroy, GGLXXXV, folio 46.)