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Rosas, en Catalogne

32 MÉMOIRES DE DV PLESSlS-BESANrON. [1642

voyage de Roussillon, suivant l'intention de Sa Majesté qui me désiroit auprès d'elle, mais que, sous prétexte de me faire jeter dans la première place attaquée pour la défendre et me tirer en effet de l'action et du service des armées, on lui fit trouver bon de me laisser en Champagne, comme par intérim, pour ordonner des fonds et les réparations de Sainte-Menehould, Vitryle-François et Saint-Dizier^, sans autre nécessité que de m'éloigner des occasions qui me pouvoient donner

de l'honneur et de la fortune J'ai dissimulé ces

traitements par discrétion et par attachement à mon devoir, non par ignorance ni par foiblesse. Il n'est pas besoin que je m'en explique davantage ; Son Éminence le cardinal Mazarin en a d'ailleurs été très bien informée; elle y a souvent compati elle-même avec moi

1043. — Au commencement de l'année 1643, à l'instance du comte de Gramont^, je fus envoyé à Bayonne, sur l'avis qu'il avoit eu d'une entreprise que les ennemis y avoient faite, pour en reconnoître les défauts, et mettre cette place en sûreté par la restauration des lieux que je trouverois exposés à quelque

i. « Commission au sieur du Plessis-Bosanron , sergont de 0 bataille, de la direction des fortifications de Vitry, Saint-Uizier « et Sainte-Menehould, » datée du camp devant l'erpignan, le G juin 1G42. (Archives du ministère de la guerre, volume 69, fol. 393.) Les instructions concernant cette même mission sont du 22 août 1G42. (Ibidem, volume 70, fol. 139.)

2. Antoine II, comte de Gramont, gouverneur et maire héréditaire de Uayonne, lieutenant général en 1636, commandant de l'armée de Guyenne en 1639, duc et pair par brevet du 31 décembre 1643.

surprise, à cause de son grand voisinage de l'Espagne par terre et par mer. Et, m'étant acquitté de ce voyage, à peine fus-je de retour, qu'on m'y renvoya^ pour l'exécution du traité de l'échange général des prisonniers de guerre d'entre les couronnes, le plus universel qui se fût encore fait, puisqu'il comprenoit ceux des Pays-Bas, de Catalogne et d'Italie; et, comme ils étoient dispersés en diverses provinces du royaume et qu'il s'en trouvoit plusieurs de haute condition parmi eux, avec lesquels il y avoit quelque chose de plus à faire, je fus obligé d'y passer en personne avant que de me rendre à Saint-Jean-de-Luz, où les commissaires espagnols se dévoient trouver pour les recevoir. Gela fait, je me rendis à la cour en diligence, et, peu de temps après, à Douai pour en ajuster les comptes ; j'y fis bon ménage pour le roi, et j'en rapportai un si grand avantage que Son Éminence en demeura plus que satisfaite. Cependant, la face du ministère ayant changé par la mort de Sa Majesté, la reine me donna le gouvernement de Salces à l'instance de M. le Prince, et l'ordre fut donné à M. de la Vrillière- de m'en expédier les provisions en mon absence. Mais je m'aperçus bientôt qu'il est, quelquefois aussi préjudiciable d'avoir des parrains de trop bonne maison que de n'en avoir point du tout, encore que Son Altesse eût fait la demande pour moi de son propre mouvement et que la facilité qui se rencontre d'ordinaire au commencement des minorités me dût être

\. Les instructions données à du Plessis-Besannon pour cette mission sont du 20 avril 1643. (Bibl. nat., manuscrits, fonds français 4169, fol. 5.)

2. Louis Phélippeaux, seigneur de la Vrillière, secrétaire d'Etat.

favorable, ainsi qu'elle fut à beaucoup d'autres qui

n'avoient pas tant servi Pour dernier article de ce

mémoire, je pourrois encore ajouter aux services déjà mentionnés plusieurs voyages de confiance, non moins périlleux qu'importants, que j'ai faits, selon les occurrences, par ordre du roi et de feu le cardinal de Richelieu, pour vérifier la possibilité ou reconnoître la tromperie de plusieurs propositions qui leur ont été faites en vue d'entreprises sur les ennemis ou sur leurs

places Mais, pour diverses considérations, et pour

ne pas mêler à ce mémoire des personnes vivantes, qui pensèrent donner dans le panneau par trop de crédulité, ou parce qu'il y en a dont le dessein dure encore, je ne juge pas qu'il soit à propos de m'en expliquer davantage^.

Seconde partie ou suite de la relation de mes services y depuis la mort du feu roi jusques à mon retour de Venise.

1643. — Cette seconde partie du mémoire ou relation de mes services étant principalement faite pour être vue de Son Émincnce, aussi bien que la première, je ne lui saurois donner une plus forte preuve qu'elle même de tout ce qui est dedans, puisque c'est elle qui m'en a baillé les ordres et qu'elle a su ponctuellement ce qui en est ensuivi. Je n'ai qu'à le commencer par où finit mon précédent récit J'entrerai donc

1. En margo du manuscrit figuro cotto mention, écrite do la main de du l^lessis-lJcsancon : « Celte première jiartie de la reiaa tion de mes services fut présentée à Son Eminence dès l'année « 1643. »

d'abord en matière et dirai que, sur la fin de l'année 1643, à mon retour de la frontière d'Espagne, je fis un voyage à Douai , pour ajuster le compte de la dépense et des rançons des prisonniers de guerre d'entre les couronnes. Il nous en revint un grand avantage et les Espagnols en demeurèrent en reste d'une très notable somme envers nous par mes soins, ensuite d'un autre voyage à Gand, vers don Francisco de Mello, pour surmonter les difficultés que les commissaires espagnols y faisoient. En reconnoissance de quoi, Son Éminence me promit dès lors une partie de la somme ainsi gagnée, mais cette bonne volonté n'a jamais passé jusqu'à l'effet^.

La mort du maréchal de Guébriant^ étant arrivée quelque temps après ^ de la blessure qu'il reçut au siège de Rottweil, le corps François qu'on avoit jointà l'armée weymarienne^, sous la charge du lieutenant général Rantzau^, qui étoit demeuré pour commander à tout après le départ de M. le Prince, ayant été surpris et presque tout dissipé à Tùttlingen, celui des Allemands, qui s'en étoient sauvés pour la plupart, se

1 . Il convient de rappeler encore certains services que du Piessis-Besançon rendit vers cette même époque au cardinal Mazarin, en lui révélant les complots dirigés contre sa personne par la cabale des Importants, et en particulier par les Vendôme. Ces services ne sont pas mentionnés ici; mais on en trouve la trace dans les carnets de Mazarin (3° carnet, août 1643, p. 84).

2. Jean-Baptiste Budes, comte de Guébriant, né en 1602, maréchal de France.

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