Ce passage vise évidemment 8ublet de Noyers
que je n'en aie tiré que des témoignages de la plus dure méconnoissance qui se puisse imaginer, tandis que mes propres émulateurs jugeoient tout le contraire et que mes amis et mes proches me regardoient comme un sujet qui avoit droit de prétendre à des grâces proportionnées au mérite et à l'utilité d'un si grand service.
Cependant, les Catalans, pour honorer ce qu'ils m'avoient vu faire, par une délibération publique des États -Généraux de tous les ordres de la province, ajoutée à l'acte de leur donation à la France, dans une assemblée où ils me firent appeler pour en entendre la lecture, se dépouillèrent, s'il faut ainsi dire, d'une bonne partie de leur autorité pour m'en revêtir conjointement avec le conseiller en cap de la ville de Barcelone et le député militaire, ce qui n'étoit que pour la forme à l'égard de ceux-ci, parce qu'ils étoient tous deux sans aucune expérience des choses de la guerre, jusques à nous donner puissance de vie et de mort, jure belli et d'ordonner des finances du pays sans limitation pour toutes les choses que nous jugerions nécessaires pour sa défense; dont ils me firent expédier un duplicata semblable à l'original, scellé du grand sceau de Catalogne que j'ai encore entre mes mains, comme une espèce de titre authentique de l'estime et de la confiance qu'ils avoient eues pour ma personne dans une conjoncture si importante, outre la patente quej'avois déjà pour commander les troupes catalanes.
En la môme année 1G41, M. le Prince ayant eu ordre de renouveler la guerre en Roussillon, j'eus aussi commandement d'y aller servir de maréchal de bataille, ce que je fis durant le siège d'Elne, tout le reste de la
campagne et jusque bien avant dans l'hiver, auprès du maréchal de Brézé^ au retour d'un voyage que je venois de faire vers feue Son Éminence qui étoit lors à Chaunes, et où je lui proposai les moyens assurés de réduire Perpignan et toutes les autres places du pays en conséquence, dont le dessein fut heureusement exécuté l'été suivant, excepté que Ton commença par Gollioure^ au lieu de Roses ^. De quoi, l'on eut plus d'une fois occasion de se repentir, les ennemis ayant destiné celle-ci pour place d'assemblée, où ils dévoient se rendre par terre avec trois mille chevaux, et faire venir par mer un grand corps d'infanterie ; étant certain d'ailleurs que ce dessein leur eût réussi facilement par la foiblesse où nous étions en Catalogne, si notre bonne fortune et le malheur qu'ils eurent de tous côtés ne l'eussent empêché. Mais toujours, c' étoit avoir beaucoup hasardé que de ne m'avoir pas cru en une chose où c' étoit jouer à jeu sûr que de me croire.
1 642î. — En l'année 1 6421, devant que la cour partît pour cette expédition, feu M. le cardinal m'ayant dit lui-même que je fisse revenir mon équipage de Languedoc, parce que le roi vouloit dorénavant que je servisse proche de lui en autre qualité que par le passé, l'envie et l'artifice de mes ennemis furent si puissants, au contraire, que, non seulement je ne fus point du
1. Urbain de Maillé, marquis de Brézé, né en 1597, maréchal de France en 1632; il était beau-frère du cardinal de Richelieu. En 1641, il exerça le commandement en chef en Roussillon, puis devint vice-roi de Catalogne.
2. CoUioure, petite ville située près de Port-Vendres, dans le département des Pyrénées-Orientales.