Le duc de Guise arriva à Naples le 15 novembre
3. Armand-Jean de Vignerot du Plessis, duc de Richelieu, petitneveu du cardinal, général des galères. Il n'avait que dix-neuf ans lorsqu'il fut mis à la tête de l'expédition de Naples.
4. Henri d'Estampes-Valençay, chevalier et bailli de l'ordre de Malte. 11 mourut en 1678.
pièces et d'officiers d'artillerie pour les y envoyer avec moi. Et, comme elle jugeoit cette affaire plus importante que celles de Lombardie, elle me fit l'honneur de m'y destiner avec deux pleins pouvoirs et une ample instruction de la conduite qu'il y falloit tenir, et me dit, en prenant congé d'elle, ces obligeantes paroles sur le sujet du voyage quej'yallois faire : « Je vous y envoie parce que je n'y puis aller. »
1648. — Je fis diligence et me rendis à Toulon, au commencement de février 1 648. Mais, au lieu d'y trouver la première escadre prête, il n'y avoit pas seulement un vaisseau en état de me porter à Piombino, par le désordre qui arriva au trésorier de la marine pour lors en exercice, lequel, ayant voulu se rembourser de ses avances, n'avoit baillé que des assignations reculées pour ce premier armement, si bien que, sans le chevalier PauP, qui arma promptement le sien, je n'aurois pu partir de longtemps encore ; mais n'ayant été prêt qu'à la iin de mars, M. de Guise fut arrêté proche de Naples durant une si longue attente, et, par sa prison, les Espagnols y reprirent le dessus. Cette nouvelle m'étaiit venue, j'écrivis au cardinal Mazarin qu'il n'y avoit plus rien à faire de ce côté-là si l'on n'y destinoit de grandes forces de terre et de mer, lui faisant connoître en même temps que je ne me sentois pas assez fort pour soutenir seul un fardeau si pesant, et que j'estimois autant à pro[)os (jue nécessaire de l'appuyer sur rexpérionce de M. le cardinal Grimaldi.
1. Le chevalier Paul (1597-1607), chef d'escadro et lieuteuaut général des armées navales. Il était (ils d'une lavandière el sut par son mérite s'élever aux plus hauts emplois.
Son Éminence approuva ma pensée, loua ma modération et m'ordonna de lui dépêcher un exprès à Rome en toute diligence, afin qu'il se rendît à Piombino pour agir de concert avec lui et nous prévaloir des occasions, selon les occurrences et l'état de nos forces et des ennemis.
Cependant, on équipa le reste de l'armée navale, on fit descendre quantité de troupes en Provence, M. le prince Thomas fut nommé pour commander à tout, et je me rendis à Piombino vers la fin d'avril, où M. le cardinal Grimaldi arriva presque aussitôt que moi, et, peu après, le duc de Richelieu, conduisant vingt-deux galères et quatre ou cinq bons vaisseaux, commandés par le chevalier Garnier^ Avec cela, nous allâmes nous montrer dans le golfe de Naples, où nous demeurâmes quelques jours pour donner chaleur aux malcontents et réveiller l'endormissement des premières factions. Mais rien ne parut de ce qu'on nous avoit fait espérer, ce qui me confirma dans l'opinion que les Espagnols s'étoient rendus les maîtres, et nous fit prendre résolution de venir attendre le prince Thomas et le reste de l'armée à Porto-Longone, sans rien tenter au voisinage de Naples, où l'on faisoit fort bonne garde, mais particulièrement aux îles, qui étoit la seule chose que nous eussions pu faire de solide, si elle eût été faisable et que ce n'eût pas été donner l'alarme et découvrir inutilement notre dessein, au lieu que, par cette conduite, à laquelle je demeurai ferme, nous surprîmes au
1. Le chevalier Garnier, capitaine de vaisseau en 1626, se distingua devant Tarragone le 30 juillet 1641 et au combat du 14 juin 1646 sur les côtes de Toscane. Il devint chef d'escadre en 1648 et mourut en 1649. (Archives de la marine. Gazette de France.)
dépourvu celle de Procida^ quand nous revînmes avec toutes les forces, parce que les Espagnols en avoient retiré les troupes qu'ils y tenoient auparavant.
Cette petite conquête ne laissoit pas d'être de grande considération à cause des ports qu'elle nous donnoit à dix milles de Naples, et que le bourg qui est contigu au château se pouvoit garder aisément pour peu qu'on y travaillât, étant fort de situation et déjà passablement fortifié, sans être dominé d'aucun lieu. De là, nous passâmes au golfe de Salerne, oii, la descente s'étant faite assez légèrement et les ennemis ayant secouru la ville du côté de la montagne, M. le prince Thomas ordonna le rembarquement sur les avis qu'il eut que le reste des ennemis venoit à nous : ce qui fut exécuté dès le soir, à la réserve des endormis et des libertins qui demeurèrent en petit nombre. Et, comme toutes choses commençoient à manquer sur l'armée navale et que la saison s'avançoit, il fut résolu de retourner à Porto-Longone au-devant des ordres et des victuailles (ju'on attendoit de Provence. Mais, auparavant, il tut mis en délibération si l'on devoit abandonner ou garder Procida.
L'opinion de ne s'engager pas à conserver cette île passa comme la meilleure à cause du grand éloignement et des premiers troubles de Paris, outre qu'il eût fallu pour cela un corps d'infanterie de quinze cents hommes pour le moins, et j)our cinq ou six mois de vivres, ce que l'on ne pouvoit faire sans dégarnir les vaisseaux et les exposer à plusieurs inconvénients, avec tout ce qui étoit dessus. De sorte que nous quit-
l. IVocida, entre le cap Misène et l'ile d'Ischia.
tàmes ce poste sans y faire aucun dommage pour maintenir les habitants, dont nous avions été si bien reçus, dans l'inclination favorable qu'ils avoient fait paroître. Et Son Éminence, étant depuis informée de ce qui s'étoit passé sur ce sujet, loua la résolution et la manière dont elle s'étoit exécutée : où je puis dire, sans vanité, que j'avois eu bonne part, ayant d'ailleurs toujours bien prévu qu'à moins d'une armée de terre et quelques ports pour soutenir et recevoir celle de mer c'étoit une entreprise qui ne pouvoit réussir, hors un soulèvement général, comme il s'est vérifié depuis par d'autres expériences.
Étant revenus aux îles d'Hyères, nous y trouvâmes les ordres de mener toute l'infanterie au maréchal de Schonberg en Catalogne, et, en mon particulier, celui d'y aller servir de maréchal de camp. Mais la même nécessité qui nous avoit fait quitter les côtes de Naples nous retint en celles de Provence. Sur quoi, le bailli de Valençay, le sieur d'Infreville^ et moi, nous étant portés à Toulon pour y trouver un crédit de vingt mille livres chacun, afin de pouvoir ravitailler de nouveau les vaisseaux, j'offris de fournir ma part comptant de l'argent que j'avois encore du mien, ce que les autres ne purent faire : si bien qu'il fallut désarmer nécessairement après avoir achevé de consommer nos vivres. Ensuite de quoi chacun se retira selon ses ordres et la bienséance de ses affaires.
En même temps, M. le prince gagna la bataille de Lens en Flandre, et, par une fortune contraire, on leva le siège de Crémone, en Italie, faute d'un peu
1. Louis Ir Houx, sieur d'inirevillc, commissaire général do la marine.
d'argent et d'infanterie, celle qu'on y voulut envoyer (où je m'offris aussi d'aller et de fournir une somme assez considérable) refusant de le faire par le manquement d'ordres supérieurs et de subsistance pour les troupes et pour les galères qui les dévoient porter. Après cela, je ne dois pas oublier, pour finir cet article et faire voir le poste où j'étois dans l'armée, que j'avois l'honneur d'y être en tiers avec le cardinal Grimaldi et le prince Thomas, que j'y tenois la plume pour les dépêches de la cour, que je les signois avec eux et les rédigeois par écrit, quand nous les avions concertées, la direction principale des affaires demeurant dans le secret entre nous trois seulement.
1649. — Peu de temps après mon retour à Paris, d'où la cour partit le jour des Rois, j'en partis aussi avec elle et reçus ordre d'aller prendre les troupes du Limousin, la Marche et Périgord, pour venir joindre M. le comte d'IIarcourt au Bourg-la-Reine, où l'on avoit destiné son quartier pour le blocus qu'on vouloit faire. Mais Son Éminence, ayant changé de pensée, jugea qu'un autre y seroit aussi propre et que je pourrois servir plus utilement auprès de Leurs Majestés selon les occurrences. Et, de fait, sur l'avis qu'on eut des mauvaises dispositions de la ville de Rouen, et que le duc de Longueville étoit en dessein de s'y rendre pour les fomenter, je fus envoyé au parlement et au corps de ville |)our aviser avec eux des moyens de servir le roi, leui^ dire ses intentions et tenir le reste de la province en paix et dans l'obéissance ' .
1. Les Mémoires de Goulas font mention de cette mission, t. III, page 19.
Mais, après avoir fait savoir ces intentions au premier président* en plein parlement^ et à l'autre dans la maison de ville ^, je ne fus pas longtemps à connoître que celui-là ne marchoit pas bien droit, et que, si les bons bourgeois n'étoient pas en volonté d'imiter les séditieux, ils n'avoient ni la force ni le courage de leur résister, et qu'enfin, si la cour ne prévenoit le dessein de M. de Longueville par sa venue, Rouen ne tarderoit pas à suivre l'exemple de Paris, ainsi (ju'il arriva peu après. 11 fut ensuite proposé au premier président que, pour se rendre maître du vieux palais, il ne falloit qu'arrêter deux personnes qui étoient pour lors en sa maison. Mais il s'en excusa sur les formalités de justice, bien que je me fusse offert de me charger de tout au nom du roi et que le procureur général Courtin et le sieur de Varangeville^, qui étoient présents et parfaitement bien intentionnés, fussent aussi de même avis.
1. Jean-Louis Faucon du Ris, maître des requêtes en 1636, premier président au parlement de Rouen, mort en 1663.
2. « Son allocution au parlement fut pleine de convenance et « d'adresse. Il rappela les acclamations qui, en 1647, avaient « accueilli Louis XIY visitant pour la première fois la province, <( et, remontant jusqu'en 1620, il loua la fidélité, le zèle avec les- « quels le parlement avait défendu alors l'autorité royale et décon- « certé les projets des factieux, donnant ainsi pour exemple au « parlement de Normandie le parlement lui-même. » (Floquet, Histoire du parlement de Normandie, t. V, p. 180, 181.)
3. A l'hôtel de ville, où du Plessis-Besançon se rendit en sortant du palais, les échevins « protestèrent par acclamation, et d'un commun vœu, de demeurer dans le service, la fidélité et l'obéissance dus au roi. » {Histoire du parlement de Normandie, t. V, p. 188.)
4. Roque de Varangeville, lieutenaut général au présidial. « Il était petit-fils d'un vinaigrier de la rue Potard, à Rouen. » (Floquet, Histoire du parlement de Normandie.)
Enfin, la cour n'ayant pas jugé devoir partir de Saint-Germain, on envoya le comte d'Harcourt pour se jeter dans Rouen, lequel s'étant arrêté le soir aux Chartreux pour prendre langue au lieu d'y entrer brusquement, les factieux, sur l'avis qu'ils eurent que M. de Longueville étoit en chemin, prirent le dessus et les armes, de sorte qu'iP entra le lendemain par le vieux palais dans la ville : ce qui obligea le comte d'Harcourt de se retirer au Pont-de-l' Arche, où je le suivis, et, peu d'heures après, le premier président, qui auroit mieux fait de demeurer à sa charge, où sa présence auroit, sinon empêché totalement le mal, du moins retenu plusieurs délibérations qui le causèrent^.
Cependant, un corps de cavalerie assez considérable s'étant joint au comte d'Harcourt, les affaires de Normandie changèrent bientôt de face, et, d'ambiguës qu'elles étoient, se tournèrent en guerre ouverte. J'y servis de maréchal de camp auprès de lui jusques à la fin de mars de la même année 1G49, époque à laquelle Son Éminence me rappela auprès d'elle pour l'emploi qui suit.
Le duc Charles de Lorraine ayant fait savoir qu'il étoit en volonté de se raccommoder effectivement avec nous, et qu'il envoyoit à Sedan un de ses secrétaires