Le duc de Longueville
2. Saint-Évremond, dans la Retraite de M. de UmgucviUe en son gouvernement de Normandie, fait une allusion, où semble percer une certaine nuance d'ironie, aux services rendus pendant cette campagne par du Plessis-Besançon, « On choisit, » dit-il, « llaus- « sonville pour gouverneur de Rouen, comme un homme cnten- « dant civilement bien la guerre et aussi propre à haranguer « militairement les peuples (jue le Plessis-Besanr.on. » (OEuvresde Saint-Évremond, publiées parCh. Giraud. Paris, 1865, t. U, p. 13.)
d'État pour traiter, la considération de Son Altesse Royale \ qui est toujours grande, mais qui s'étoit notablement accrue par la conjoncture, obligea le cardinal Mazarin de me destiner pour cette négociation, quoique Son Éminence jugeât bien que le succès n'en seroit pas autre que des précédentes, comme l'événement le justifia. Je partis donc de Saint-Germain, et me rendis promptement au lieu déterminé avec un plein pouvoir du roi en bonne forme et toutes les instructions nécessaires. Mais mon voyage ne fut pas plus heureux que les autres par les mêmes causes, qui en avoient toujours empêché l'effet.
J'arrivai à Sedan le 28 avril, et j'y trouvai le sieur Rousselot de Hédival, conseiller et secrétaire d'État de M. le duc Charles de Lorraine, qui m'y attendoit de sa part dès le 20, avec un pouvoir de traiter, dont je vis l'original et lui ai montré le mien ensuite.
Après cette première formalité, ledit sieur de Hédival se déclara verbalement sur les instructions de son maitre, dont la teneur a été rédigée par écrit ^, s'en
1. Gaston d'Orléans. Il était beau-frère du duc Charles de Lorraine par suite du mariage qu'il avait contracté en 1632 avec Marguerite de Lorraine.
2. Le duc de Lorraine demandait : la restitution tout entière de .ses États, pays et duchés de Lorraine et de Bar, villes, châteaux,
forteresses, etc , sans en rien démolir, et de tous ses biens et
droits quelconques, situés, tant en Lorraine et en Barrois, qu'en évêchés de Toul, Metz et Verdun, diocèses de Trêves et de Strasbourg et partout ailleurs, comme Son Altesse les tenait l'an 1630 ; cassation des arrêts rendus contre sa personne et les siens, et que les minutes en fussent biffées des registres de toutes les cours; que, dans le traité, il fût spécifié que la Lorraine demeurerait en neutralité. (Affaires étrangères, fonds France, mémoires et documents, CCGGVI, 203.)
étant expliqué à deux reprises. Mais tout ce qu'il proposa fut tellement éloigné des choses déjà proposées dans les dernières négociations de M. de Brancas^ et des conditions demandées par Son Altesse pour son accommodement avec la France que je crus n'y devoir répondre que par les témoignages de la surprise dans laquelle je me trouvois en une semblable rencontre.
Et, comme enfin ledit sieur de Hédival me pressa de parler plus clairement, je fus obligé de le faire aux termes ci-dessous mentionnés, dont je n'ai pourtant rien donné par écrit, après lui avoir dit et représenté tout ce qui le pouvoit engager à me faire des propositions assez raisonnables pour en venir à une bonne et prompte conclusion, afin de mériter plus efficacement par ce moyen les grâces de Leurs Majestés et de s'appliquer utilement l'entremise de Son Altesse Royale.
Points desquels on ne ponvoit se relâcher dans Taccommodément de Son Altesse de Lorraine avec la France.
\° Du droit acquis à Sa Majesté par la paix d'Allemagne sur les dépendances des trois évéchés de Metz, Toul et Verdun, ainsi que l'avoient l'empereur et les états de l'empire, sur lequel droit néanmoins il se pourroit trouver des accommodements particuliers
1. Charles do Brancas, marquis de Mauboc, iui onvoyé, aux mois de février et de mars 1649, pour traiter avec lo duc do Lorraine. Ses négociations domeurôront sans résultat.
avec Son Altesse, soit par échange avec autre chose ou autrement, à la satisfaction du roi ;
21° De ne restituer les places fortes de Lorraine que les fortifications démolies, et deux ans après l'exécution de la paix entre les couronnes de France et d'Espagne ;
3° Que le roi ne se réserve la propriété d'un passage libre dans les États dudit sieur duc, à la bienséance de Sa Majesté, pour la communication de France en Alsace, sauf à dédommager Son Altesse en autre chose de même valeur et qualité ;
4° Du service actuel de sa personne et de ses troupes, jusques au nombre de six mille hommes de cheval et de pied pour le moins, envers tous et contre tous, payées comme celles du roi, pendant le temps de la campagne, sans aucune obligation de la part de Sa Majesté pour les quartiers d'hiver ;
5° De la rétention pour toujours des places, dépendances et domaines de Clermont, Stenay et Jametz, à savoir pour ce qui est des ville et citadelle de Stenay sans récompense, et, pour les deux autres, comme il a été ou sera convenu.
La plus grande partie des points susdits étoit conforme aux dernières conditions proposées par Son Altesse même, et, quant au surplus du traité, lorsque M. Rousselot de Hédival auroit eu un pouvoir pour traiter, conclure et signer en bonne forme, il n'eût été pas mal aisé d'en convenir, soit en se conformant pour le détail aux choses déjà concertées aux occasions précédentes ou à d'autres moyens aussi raisonnables pour la satisfaction réciproque de Leurs Majestés et de Son Altesse.
72 MÉMOIRES DE DU PLESSIS-BESANÇON. [16i9
Ensuite, de plusieurs autres entretiens que nous eûmes ensennble, le sieur Rousselot et moi, il fut reconnu, sur quelque avance faite en termes généraux du tempérament qui se pourroit trouver à l'avantage commun du roi et de Son Altesse, touchant le droit acquis à Sa Majesté par la paix d'Allemagne sur les dépendances des trois évèchés, que ce point pouvoit chatouiller de telle sorte sadite Altesse qu'il seroit autant que toute autre chose capable de la porter à une résolution effective et recevable pour son accommodement, et surtout s'il plaisoit au roi de lui laisser quelques-unes des places fortes de Lorraine, outre son rétablissement dans la jouissance et possession du reste de ses États.
Ledit sieur Rousselot me témoigna aussi que, sur les avis que son maître avoit reçus de la cour, il croyoit n'avoir autre chose à démêler avec moi que le choix d'accepter la restitution des villes de Nancy ou des places de Stenay, Jametz, Clermont et Marsal en l'état qu'elles étoient ; à quoi je ne répondis que par les raisons qui pouvoient lui faire connoître combien de semblables demandes étoient ridicules en toutes façons, tant par la différente disposition des affaires présentes à ce qu'elles étoient l'hiver d'avant que par toutes les négociations précédentes.
Maintenant, pour ce qui étoit du nouveau traité fait par Son Altesse avec les ennemis et de la jonction de ses troupes avec les leurs, ledit sieur Rousselot assura, quant au premier point, que son maître leur avoit déclaré nettement et fait déclarer par sa bouche à M . l'archiduc qu'il s'en tenoit entièrement quitte et le devoit tenir pour nul, puisqu'ils avoient déjà manqué de satis-
faire aux conditions sur lesquelles il avoit traité avec eux, l'argent qu'il en avoit touché ne lui ayant été donné qu'en déduction du pain de munition qui étoit dû à ses troupes, lesquelles, à l'égard du second point, bien loin de se trouver engagées dans la circonvallation d'Ypres, étoient présentement postées le long de la rivière du Lis^ en telle manière que Son Altesse en étoit le maître.
A quoi le sieur Rousselot ajouta qu'outre les troupes qui montoient bien à six mille hommes, Son Altesse en avoit encore quatre mille, dont elle n'étoit pas moins maîtresse, qui étoient en Luxembourg, Limbourg et pays de Namur, et me pria d'en donner part à la cour, afin d'obtenir quelque réponse et résolution là-dessus par le retour de mon courrier.
Et, comme ledit sieur Rousselot (qui paroissoit d'ailleurs bien intentionné pour la conclusion du traité de son maître) ne se trouvoit ni assez amplement instruit ni suffisamment pourvu de pouvoir pour conclure et signer, il me demanda jusques au 7 mai pour se rendre auprès de Son Altesse et en revenir dans ce terme avec tout ce qui étoit nécessaire pour la conclusion dudit traité. Ce que n'ayant pu lui refuser sans rompre le fil de cette négociation et d'autant moins que le service du roi sembloit y recevoir plutôt avantage que préjudice, je lui promis de me tenir cependant assez proche de Sedan pour m'y rendre au premier avis que je recevrois de son retour par M. de Fabert, sinon et, ledit temps passé, de me retirer tout à fait Le sieur Rousselot étant arrivé à Sedan de