‹ Mémoires de Du Plessis-BesançonChapitre 56 sur 146 · Sublet de Noyers à du Plessis-Besançon · texte numérisé non relu

Sublet de Noyers à du Plessis-Besançon

Ghaulnes, le 26 septembre 1640.

Si l'on peut présager un beau jour d'une belle aurore, il y a certainement lieu de beaucoup espérer de l'affaire de Catalogne, dont les commencements sont à ravir. Tous les biens que Dieu nous a faits cette année me font croire encore plus de celle-ci que les apparences humaines, quoique avantageuses, n'en promettent, parce que, s'il veut donner le repos à son peuple, il sait que nous sommes instruments fidèles de ses volontés, et il connoit aussi la dureté de nos Pharaons, aussi insolents après tant de coups que s'ils n'avoient encore senti les effets de la main vengeresse de Dieu. Or, c'est assez philosopher; il faut continuer à mettre en œuvre les causes secondes et agir soigneusement et diligemment à l'ordinaire. L'on a dépêché à monseigneur de Bordeaux, suivant vos avis; l'on a fait de même à M. le bailli de Forbin pour les galères. Ils seront en bref aux îles de Marseille, où tout attendra des nouvelles de M. dEspenan ou de vous de ce qu'ils auront à faire pour prendre la possession du port de Roses, dont vous nous faites croire les catalans maîtres en bref. Monseigneur le Prince s'en va en Languedoc pour y assembler les troupes et pourvoir à tout ce que vous nous mandez être nécessaire par delà, son autorité, son crédit, son activité, sa prévoyance n'ayant point de second dans les expéditions de cette nature. Monseigneur le maréchal de Schonberg' ne laissera pas d'y contribuer de tout son possible, en vertu des ordres du roi qu'il lui envoie.

L'on donne les ordres à M. d'Espenan pour commander les troupes sous le général catalan, s'ils en ont un, et à M. deBoissac pour commander la cavalerie sous l'un et sous l'autre. Le roi envoie M. de la Houllerie pour commander et exploiter l'artillerie.

1. Charles de Schonberg, duc d'Halluin (1600-1658), maréchal de France. Il était alors lieutenant général pour le roi en Languedoc.

i26 MÉMOIRES DE DU PLESSIS-BESANÇON.

Son Éminence croit que vous devrez être l'âme motrice de tout, en qualité de maréchal de bataille. L'on n'épargnera rien par deçà pour assister ces peuples qui témoignent tant de bonne volonté pour la France, vous les en pouvez assurer. Je sais la disposition que j'y vois et la prévoyance de Son Éminoiice afin (juc rien ne manque à un tel dessein. En mon particulier, assurez-vous que vous serez servi aussi ponctuellement que l'ont été ceux d'Arras, et que, de moment en moment, vous recevrez les ordres que vous désirerez. Mais il faut venir à nouer et tenir un bon traité, parce que, autrement, il ne seroit pas de la dignité du maître de s'avancer davantage sur des propositions qui sont vagues jusqu'ici et sans aucun solide fondement. Nous attendons donc les effets de votre négociation.

(Original. Aflaires étrangères, Espagne, supplément, IV.)

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