Sierck
que je ne jugeois pas mal de la chose quand je ne pouvois consentir aux avis qu'on donnoit que ses troupes avoient joint celles des ennemis. Il est extraordinairement pressé de ce côté-là, ou pour aider à secourir Gravelines, ou pour la défense du Luxembourg, mais je ne vois pas qu'il y soit du tout porté, les payant de dilayement, à cause des infirmités de sa personne, et ne voulant pas aussi rompre avec eux qu'il n'ait entièrement conclu avec nous. Sur quoi, je pense qu'il ne se faut assurer de rien que cela ne soit; néanmoins, je vois toutes les apparences du monde en notre
faveur Il s'est fort ouvert à moi et je ne puis comprendre qu'il
y ait du fourbe à tout ceci ; du reste, il m'a positivement assuré qu'aussitôt qu'il auroit avis du marquis de Mouy que le traité seroit signé on pourroit faire état du service de ses troupes et de sa personne, si sa santé le permettoit, pour toutes sortes de desseins, même de les joindre avec les vôtres pour agir conjointement en Luxembourg ou le long de la Moselle. Il est vrai que la marche de Votre Altesse du côté de Thionville me surprend un peu et qu'il semble qu'elle pourroit apporter quelque changement au bon état des choses, si, d'aventure, votre approche lui donnoit trop de jalousie, ou qu'en une pareille conjoncture les ennemis vinssent à le presser extraordinairement, en sorte que, pour leur sûreté commune, ils fussent obligés de se joindre. C'est à quoi Votre Altesse apportera, s'il lui plaît, le tempérament convenable; mais il semble qu'il seroit à propos de ne s'attacher à rien qu'on n'eût entièrement conclu ou différé de conclure avec lui, car, de rompre tout à fait, je doute que ce fût une bonne résolution, vu les grands avantages qu'on peut obtenir par son moyen. Ses troupes feront assurément quatre à cinq mille hommes
Je pars demain de bonne heure et prétends d'être à la cour dans jeudi; ensuite de quoi Votre Altesse recevra bientôt toutes nouvelles J'envoie aussi un paquet du duc Charles au gouverneur
de Longwy, par où il lui défend de nous traiter comme ennemis et de ne plus courre, lui donnant à entendre qu'il va mettre cette place en neutralité ; il m'a prié d'écrire aux gouverneurs de cette frontière de ne traiter pas plus mal ses gens : c'est ce que j'ai fait, sans toutefois me déclarer sur ce qui m'y oblige, mais leur recommandant pour le service du roi de ne s'en ouvrir à personne et de tenir le tout secret.
Pour moi, quoique la raison et les apparences veulent non seulement qu'on espère bien de tout ceci mais qu'on s'en assure, si est-ce que, pénétrant l'esprit et les artifices de la personne dont il
s'agit, je n'ose conclure sur ce qui en adviendra. Je souhaite que
tout réussisse ^
(Original. Archives de Condé, série M, XXX, 409.)