Du Pk^siS'Desançon à Mazarin
Barcelone, le \" février !645.
Jusques ici je me suis contenté de donner avis à M. Le Tellier de mon arrivée en cette ville, à laquelle j'ai apporté toute la diligence que la rigueur de la saison et la difficulté des chemins m'ont pu permettre, étant ici dès le '23 du passé et n'ayant arrêté qu'un jour entier à Auxonne pour obéir ponctuellement à ce que Votre Éminence m'avoit fait l'honneur de me commander en partant.
Incontinant après que je fus arrivé, je vis M. de Marca, le gouverneur et le chancelier, auxquels je rendis mes dépèches et pris deux les lumières qui m'étoient nécessaires pour le reste, m'y étant gouverne de sorte que je pense n'avoir donne sujet de jalousie à personne et que Votre Éminence l'aura tout entier d'être satisfaite de ma conduite.
Le lendemain, je visitai tous les consistoires et entrai dans le Conseil de Cent de la ville de Barcelone, où, mes dépêches ayant été lues, je tâchai d'expliquer ma créance et les int<>ntions de Leurs Majestés et les vôtres dans les termes les plus efficaces qu'il me fut possible, ayant à parler dans une langue qui ne
m'est pas assez familière pour en tirer tout l'avantage qui seroit à désirer d'une forte persuasion.
De dire à Votre Éminence de quelle façon et avec quel applaudissement j'ai été reçu, c'est chose que je laisse à quelque autre, et je lui ferai seulement savoir en gros qu'elle ne s'est point mécomptée quand elle a cru que mon voyage en ce pays pourroit être utile à quelque bon effet, en attendant la venue de M. le comte d'Harcourt, laquelle, à mon avis, on ne sauroit trop hâter, parce que, sans sa présence, il est impossible de remédier à diverses choses qui la demandent nécessairement et sans perte de temps : outre que, les ennemis faisant certainement tous leurs efforts pour nous prévenir, il n'en aura pas beaucoup à demeurer en cette ville pour réparer les défauts du gouvernement politique, s'il n'y arrive de bonne heure, et cet article n'est pas moins important que les dispositions de la guerre.
Quand j'aurai pris une plus particulière connoissance des intérêts du pays et de l'état des choses, je continuerai un petit discours à quoi je travaille pour en informer Votre Éminence. Cependant, je lui dirai qu'il importe du tout à l'affermissement de l'autorité royale en Catalogne que M. le comte d'Harcourt y vienne les mains pleines de grâces pour les bons (lesquelles doivent être de différentes natures) et de terreur ou de justice pour le châtiment des méchants, qui sont en très grand nombre en ce pays par la tolérance ou la foiblesse des ministres de l'audience criminelle, particulièrement entre la noblesse et les ecclésiastiques; car, pour ce qui est du peuple, il est aussi ferme et autant affectionné que jamais : ce qui paroit assez clairement par le mauvais procédé de ceux-là et par ce que ceux-ci souffrent des gens de guerre et de la surcharge des logements (encore que ce leur soit sensible), sans qu'on ait encore vu qu'un seul village ait manqué à la fidélité, non pas même de ceux qui sont aux portes des places que les ennemis occupent, nonobstant les malheurs de la campagne dernière
Maintenant, pour ce qui est du bon effet qu'on doit espérer des grandes forces qui sont destinées pour la Catalogne, il est certain qu'elles ne le produiront jamais tel qu'il est à désirer, et même qu'elles dépériront en peu de temps si l'on ne fait deux choses pour l'empêcher, dont l'une est de faire ponctuellement payer les troupes par avance, hausser leur paie ou ne leur donner pas les espèces de France à si haut prix que l'on fait (particulièrement aux gens de pied et aux soldats de cavalerie), afin qu'ils puissent
vivoter de leur solde, pour empêcher l'extrême misère où ils tombent autrement, laquelle est véritablement telle qu'ils passent à troupes du côté des ennemis les armes à la main, forcent les passages qui sont gardés ou font des désordres intolérables sur les paysans, dont c'est merveille qu'il n'ait déjà succédé quelque malheur; l'autre, (|ue l'on envoyé par de<jà quelque commissaire général exact, homme sévère et d'autorité conlirmée, tant pour faire justice des gens de guerre à la campagne que pour empêcher les grands abus qui se pratiquent aux revues, notamment
dans la cavalerie
(Original. Allaires étrangères, Espagne, XXVI, 36, 37.)