‹ Mémoires de Du Plessis-BesançonChapitre 83 sur 146 · Du Plessis-Besançon à lirienne · texte numérisé non relu

Du Plessis-Besançon à lirienne

Extrait. Barcelone, le 15 février 1645.

En attendant que j'aie quelque chose de plus particulier à

vous mander, je me contenterai de vous dire en gros que, pour ruiner la réputation des armes et de la conduite, rendre le nom franeois odieux et multiplier la séquelle des malafectos et des malcontents, il ne falloit que faire ponctuellement tout ce qu'on a fait en Catalogne; vous protestant en toute vérité que les aflaires s'y sont maniées d'une si étrange sorte ' que c'est merveille (jue tout ne se soit perdu, la seule foiblesse des ennemis ayant sauve tout ce qui reste. Néanmoins, comme ils sont en curée, leur dessein est de pousser en avant leur bonne fortune de l'année dernière. Pour cet elTet, ils font tous les elforts imaginables alin de nous surmonter et prévenir, principalement à la mer, ayant retenu les vaisseaux des Indes pour les employer à une armée navale qu'ils prétendent composer de cent vingt voiles pour le moins.

1. De grands abus eurent lieu, en efl'el, cl se continuèrent encore soua l'adininislialion du comte d'IIarcourl, nolanuncnl dans la ré|>artilion des biens conlisqués. Voici dans quels ternies Marca en rendait compte, quel(]ues mois |>lus tard, à Mazarin : « Une seigneurie a été donnée à a don Ilieronimo de Luna. Celui-ci est gouverneur de Camarasa et mari « d'une femme qui chante et danse de bonne gr;\ce et donne du plaisir « aux olficiers du comte d'IIarcourt. Il y a encore une autre seigneurie « de semblable valeur, dont la jouissance a été donnée au nomme « Rosagne, catalan <|ui sert d'interprète entre les hommes et les femmes... « Il faut avoir de belles femmes pour avoir des récompenses. » (Aflaires étrangères.)

C'est pourquoi il importe du tout au service du roi de s'assurer de deux postes qui sont en ces côtes, à savoir Palamos et Sitjes, dont le premier est entre ci et Roses et le meilleur de tous les ports de la Catalogne, et l'autre à moitié chemin d'ici à Tarragone. Pour le premier, il est en la main du roi et lui appartient par droit de confiscation, étant au duc de Sèze qui est avec les ennemis ; de façon que, réunissant cette place au patrimoine royal, il peut ensuite y faire travailler comme chez lui sans qu'il soit besoin de le faire trouver bon à personne, après avoir seulement fait connoître aux deux consistoires de la députation et maison de ville combien il importe au bien et sûreté de la province qu'elle soit mise en état de n'être pas surprise des ennemis; car, d'en faire une affaire de négociation, outre que ce seroit la rendre douteuse et commettre l'autorité royale, ce seroit, à mon avis, le plus mauvais chemin, puisqu'en tout ce qui ne choque point directement les privilèges il faut se gouverner de telle façon que les choses se fassent plutôt avec vigueur que foiblement. Pour ce qui est de Sitjes, comme c'est un lieu qui appartient à messieurs du chapitre de Barcelone, et qu'on ne peut avoir d'eux que par échange pour quelqu'autre chose qui les accommode, il faudra plus de temps pour en venir à bout. C'est sur quoi j'attendrai les ordres supérieurs.

(Original. Afifaires étrangères, Espagne, supplément, V.)

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