‹ Mémoires de Du Plessis-BesançonChapitre 92 sur 146 · Du Plessis-Besançon à Mazarin · texte numérisé non relu

Du Plessis-Besançon à Mazarin

Extrait. Du camp de Termes, le 8 juillet 1645.

Nous avons pris le poste de Termes, où nous travaillons à nous retrancher des deux côtés de la Sègre entre Lérida et Balaguer, étant maîtres par ce moyen des grands chemins qui communiquent de l'une à l'autre de ces villes le long de la rivière. Votre Éminence aura déjà su comme ce qui est resté des ennemis, au nombre de deux mille cinq cents chevaux et trois à quatre mille hommes de pied, s'est venu fortifier au saint Christ, qui est une hauteur fort avantageuse à la tête de Balaguer, où ils sont encore. Cependant, nous tâchons de bien établir notre pain, le manquement duquel nous a fait perdre les plus belles occasions du monde de profiter des avantages que les armes du roi ont remportés sur celles d'Espagne^. On assure que don Philippe de Silve est présentement à Fraga ou Mequinance, où il prétend d'assembler un corps de quatre à cinq mille hommes de pied et mille chevaux ; et, selon les avis que nous avons de tous côtés, on ne doute point qu'il n'en vienne à bout, et qu'en même temps ce qui est à Balaguer ne le puisse aller joindre par le chemin d'Ager, qui n'est qu'à deux heures de chemin d'Aragon , sans que nous le puissions empêcher du poste où nous sommes, si ce n'est en leur abandonnant d'autres chemins plus courts et plus faciles, comme sont ceux de la Sègre; et, cela étant, je ne vois pas que nous puissions rien entreprendre de

1. « Après la bataille, nous avons manqué de pain trois jours entiers, » écrivait le comte d'IIarcourt à Mazarin, le 1*"^ juillet, « à savoir, le jour a du combat et les deux suivants, et la fourniture en est encore si mal « établie depuis ce temps -là qu'à peine en avons-nous pu avoir une « demi-ration par jour, et, avant-hier, notre camp fut en telle nécessité « que j'abandonnai ma table aux soldats avec toutes mes ])rovisions de « viande, de pain cl de vin, fis tuer plusieurs bœufs et acheter tout le a pain et le vin des vivandiers, avec quoi j'assouvis un pou la faim et « apaisai la mauvaise humeur des misérables drilles. » (Original. Affaires étrangères, Espagne, XXVI, li5.)

considérable, si ce n'est de chercher les moyens d'en venir à une

bataille Il me semble qu'en la disposition où sont la plupart

des esprits, à cause des dommages que les peuples reçoivent de cette guerre et le hbertinage des mal affectionnés faute de justice et de politique, ce genre d'affaires étant comme abandonné depuis que nous sommes partis de Barcelone, il n'est pas autrement à propos de mettre si souvent que nous faisons le tout pour le tout, mais plutôt de soutenir les choses en faisant une guerre plus méthodique qu'impétueuse, comme aussi de tenir à Barcelone une personne d'autorité, vigoureuse, agissante et agréable aux peuples, comme le seroit celle de M. de la Borchère', pour laquelle j'estime que M. le comte d'IIarcourt n'auroit aucune répugnance ; car, pour ce qui me regarde, c'est un emploi dont je ne me sens point capable, et qui demande un homme d'autre profession que la mienne.

(Miaule originale. Affaires étrangères, Espagne, supplément, V.)

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