Du PlessiS' Besançon à Lyonnc
Extrait. Du camp de Termes, le 12 juillet 1645.
Nous continuons à nous établir dans ce poste en nous y retranchant, et tâchant d'ailleurs de trouver des expédients de faire subsister notre cavalerie, de qui les chevaux dépérissent à vue d'oeil, et j'appréhende bien fort que, si la chose dure, il ne nous arrive une partie du mal que nous voulons procurer aux ennemis qui sont à Balaguer, où ils travaillent jour et nuit à se fortilier, c'est-à-dire qu'en voulant les affamer et tâchant, en les serrant de près, de ruiner la leur, la prévoyance qui est une partie en laquelle ils excellent par-dessus nous, ne les ait mis en état, ou de subsister plus que nous, ou de se retirer en Aragon par les montagnes, quand leurs travaux seront assez avancés, pour donner une sûreté probable à ce qu'ils laisseront audit Balaguer l)our sa défense, et que, s'étant joints à (|uatre mille hommes de pied et mille ou douze cents chevaux que don Philippe de Silve peut assembler dans ce mois, ils ne forment un corps capable do s'opposer à tous nos desseins pour le mauvais état auquel
1. Pierre le Goux do la Berclièro, premior président du parlement de Dijon en 1630, suspendu do ses fonctions en 1G37. réintégré en 1644, I)uiR premier président du parlement de (irenoble. De Lyonne avait suggéré à du Plessis-Besanron, dans uno lettre en date du VJ juin, l'idée de proposer La Berchère à Mazarin pour remplacer Marca.
nous pourrons être en ce temps-là par des manquements dont il ne m'est plus loisible d'ouvrir la bouche, puisqu'on ne le trouve pas bon et qu'on me rend de mauvais offices, qui font effet contre moi, lorsqu'on me devroit savoir gré des fidèles avis que je donne Les peuples de cette frontière commencent fort à murmurer contre nous, voyant que nos troupes y vivent à peu près comme en Allemagne, et que la plupart des hostilités de la guerre s'y pratiquent, dont je crains plus les suites que tout l'effort des ennemis, étant vrai de dire que, sans l'amitié des catalans, nous ne saurions nous maintenir en ce pays. J'en parle souvent et m'en désespère, mais tout cela ne sert de rien; ce n'est pas que M. le comte d'Harcourt l'approuve ni le tolère, mais, faute d'exemple et de châtiment, le désordre s'établit et commence de passer en coutume, le libertinage des nouvelles troupes qui sont venues ayant passé facilement aux vieilles, et la douceur qu'elles y trouvent ayant infecté de son venin leur ancienne sévérité.
D'ailleurs, comme le parti des mottistes^ est grand en Catalogne par l'intérêt et l'inclination de ceux qu'on y a laissés, on fait valoir à Barcelone et en divers lieux le gouvernement passé pour décrier plus efficacement la conduite présente ; et, personne n'agissant depuis trois mois audit Barcelone, les malaffectés y ont extraordinairement multiplié pendant la confusion où toutes choses sont demeurées; et croyez que, si la gente ordinaire n'étoit entièrement pour nous, ou que les armes du roi n'eussent été cette année plus heureuses que la précédente, celle-ci ne se passeroit point que nous ne vissions quelque chose d'extravagant contre nous. Je vous dis tout ceci de l'abondance d'un cœur plein de zèle et avec beaucoup de connoissance; prenez vos mesures là-dessus et croyez que, pour bien assurer les affaires du roi, il faudra tôt ou tard faire quelque grand coup de politique en ce pays.
(Original. Affaires étrangères, Espagne, supplément, V.)
58. Relation de ce qui s'est passé entre Agev et Balaguer, les 21 et 22 août 16'i5.
Ceux de Balaguer, non moins pressés du voisinage de l'armée du roi (jue la mauvaise posture où ils sunt d'être réduits au pain et à l'eau depuis cinq semaines, et se voyant quasi hors d'espoir