‹ Mémoires de Du Plessis-BesançonChapitre 94 sur 146 · Partisans du maréchal de la Motte-Houdancourt · texte numérisé non relu

Partisans du maréchal de la Motte-Houdancourt

d'être secourus de vivres, ont enfin entrepris de soulager le j»eu qui leur en reste, en diminuant le nombre des troupes qui étoient dedans par une évasion secrète; et, d'autant que la cavalerie étoit celle qui soutîroit le plus, don André Gantelme ayant eu ordre de s'échapper avec ce qui lui restoit de trois mille chevaux qui étoient entrés dans la place avec lui, le soir du 21 au 22, il sortit de son camp, sur les neuf heures, accomjiagné des principaux chefs et olïiciers et de tous les cavaliers dont il jugea que les chevaux pourroient fournir au voyage qu'ils avoient à faire, qui tous ensemble formèrent un corps de six à sept cents maîtres, à quoi il ajouta cinq à six cents cavaliers démontés et autant de mousquetaires, prenant le côté des montagnes pour gagner l'Aragon par une petite ville (jui tient i)our eux, nommée Agcr. Or, comme, depuis que M. le comte d'IIarcourt les tient serrés, il y a toujours eu de ce côté-là un corps détaché de deux mille cinq cents hommes de pied et trois à quatre cents chevaux commandés par un maréchal de camp, il s'est trouvé que M. de Saint- Aunais étoit lors de tour, et que, n'ayant pas été bien averti de cette marche, il n'en a pu joindre que la queue assez près de leur retraite ; sur quoi, les ennemis le sentant approcher et ne sachant pas ce qu'il avoit, les plus mal montés d'entre eux, en nombre de deux ou trois cents, mirent pied à terre et gagnèrent le haut, donnant auparavant de l'épée ou du pistolet à leurs chevaux, dont ils tuèrent une bonne partie, quoiqu'ils ne fussent pas encore pressés. Les nôtres prirent le surplus, assommèrent quelques-uns des plus paresseux et firent quinze ou vingt prisonniers, mais tout le reste s'est sauvé, si bien que, même sans deux pelotons de mousquetaires des régiments d'Harcourt et des Suisses qui arrêtèrent ceux qui avoient tourné sur ledit sieur de Saint-Aunais, lequel s'étoit avancé un i)eu trop brusquement avec quarante ou cincjuante maîtres, dont la plupart se débandèrent pour le pillage, il couroit fortune d'aller avec eux plus loin qu'il n'eût voulu. Le reste de leur infanterie est demeuré audit Balaguer, on nombre de deux mille cinq cents à trois mille hommes, restant do plus de cinq à six mille; on assure qu'il y est aussi demeuré quatre compagnies de ravalorio, et (jue la ration qu'on leur donne a été diminuée de dix-huit onces de pain à quatorze, où il y a du millet et du son mêlés. M. le comte d'Harcourt n'a point encore pris de nouvelles résolutions sur cet («vénement, quoiqu'il change un peu la face des alTaires, dont il n'est pas autrement satisfait, doutant avec raison que cet inconvénient n'en produise d'autres par le moyen du temps qu'il peut

donner aux ennemis. Néanmoins, il semble très difficile que cette place puisse être secourue ni échapper à ses soins et aux armes du roi, celles que Sa Majesté catholique assemble sous la charge de don Philippe de Silve (qui est à Lérida), n'étant jusqu'ici pas en état de l'entreprendre sans beaucoup hasarder contre un prince et une armée qui sont si fort en possession de les battre.

(Minute de la main de du Plessis-Besançon. Affaires étrangères, Espagne, supplément, V.)

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