‹ Mémoires de Du Plessis-BesançonChapitre 96 sur 146 · Du Plessis-Besançon à Mazarin · texte numérisé non relu

Du Plessis-Besançon à Mazarin

Du camp de Gastillon, le 30 septembre 1645. De la façon que Votre Éminence s'intéresse et se passionne pour les avantages de la France, vos serviteurs ne recevront pas une médiocre satisfaction de voir qu'elle n'ait pu avoir nouvelle de la surprise de Flix qu'en même temps qu'on lui porte celle du secours que M. de Chabot y a conduit, et si heureusement pour

nous, que les ennemis y ont perdu tout ce qui s'y est trouvé

Pour moi, qui voyois assez clair aux suites que cette mauvaise affaire i)ouvuit avoir, je m'en suis d'autant plus réjoui que j'ap-

1. Charles, comte de Chabot de Sainte-Aulaye, frère du duc de Hohan- Chabol, sergent de bataille en 1642, maréchal de camp en lGi3, fut tué devant Lérida en 164G.

préhendois le mal qui en pouvoit arriver et le déplaisir que Votre Éminence en auroit. Ce gentilhomme, nommé Saint- Abre^ qui a très bien servi en toutes les occasions de cette campagne, et qui s'est encore particulièrement signalé dans celle-ci, lui rendra si bon compte du détail que je n'en dirai rien dans cette lettre.

Pour ce qui est de Balaguer, mon tour étant venu de garder le côté des montagnes avec un corps séparé, j'en ai rapproché tous nos postes, en sorte qu'au lieu du circuit de sept à huit heures de chemin qu'il falloit garder, je l'ai réduit à une heure et demie, par le moyen de quoi les gardes se peuvent faire plus exactement et avec moins de fatigue pour les troupes, outre que j'ai achevé de leur ôter entièrement toute l'eau de leur moulin. M. le comte d'Harcourt persiste à n'en plus laisser sortir personne, mais, nonobstant cette précaution, je crains iutiniment que les vivres ne durent beaucoup plus qu'on ne pense, voyant que le pain y est encore distribué sans notable diminution, et que les habitants contribuent de tout leur pouvoir à faire durer cette place. Il semble que, depuis l'évasion de Gantelme, nous pouvions en avoir plus facilement raison par la voie de la force, continuant de recevoir les déserteurs, et que nous nous fussions trouvés plus forts d'infanterie; mais, en vérité, nous ne le sommes pas assez maintenant, en l'état que sont les choses, et notre cavalerie a tellement dépéri qu'à peine avons-nous mille ou douze cents chevaux en tout (jui soient tant soit peu en état de servir.

J'attends qu'ensuite de mes précédentes et très humbles prières Votre Éminence me concédera la grâce de me rapprocher d'elle au plus tôt après cette occasion, les affaires que j'ai en Provence pour le bien de ma femme et celles de mon gouvernement, où tout est en désordre, ne me pouvant permettre de

différer davantage Don Philippe de Silve est présentement

à Lérida avec deux mille hommes de pied et deux à trois cents chevaux, tout le reste de leurs troupes ayant marché vers Flix, sous la charge de Toralto, qui mène un corps assez considérable de l'un et de l'autre, et tous les avis que nous avons portent qu'ils sont résolus de secourir Balaguer d'une faron ou d'autre. Néanmoins, c'est une chose (jue je tiens fort dillicile.

(Original. AlTaircs élrangorcs, Espagne, .\.\V1, 186.)

1. Jean de la Croptc, inanniis do Sainl-Abre, rointe de Rochcforl; il plail alors rapitaine au roginienl do la .Molfo-Hondanrourt. Noniino

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