CHAPITRE Vin
Adresse de M"* de Maintenon k se saisir des affaires ecclésiastiques. — Innocence éminente de la vie et de la fortune du cardinal de Noailles. — Cabales dévotes. — Utilité de la constitution à M** de Maintenon. — Malheurs des dernières années du Roi le rendent plus dur et non moins dupe; adresse de Mansart. — Malheurs du Roi dans sa famille et dans son intime domestique, et sa grandeur dans les revers de la fortune. — Le Roi considéré à l'égard de ses bâtards. — Piété et fermeté du Roi jusqu'à sa mort. — Réflexions. — Jésuites laïques; autres réflexions.— Abandon du Roi aux derniers jours de sa vie. — Horreur du duc du Maine.
On a vu avec quelle adresse elle * se servit de la princesse des Ursins pour se mêler de tout ce qui regarda la cour et les affaires d'Espagne, et.les ôter de la main de Torcy autant qu'elle le put pour avoir échoué à faire venir travailler chez elle ce ministre, comme faisoient les autres, et jusqu'à quel point M"* des Ursins en sut profiter. Les affaires ecclésiastiques furent de même bien longtemps l'objet de son envie. Elle leur donna quelques légères atteintes à l'occasion du jansénisme et de la révocation de l'édit de Nantes, comme on Fa vu, mais passagèrement, et on n'a fait qu'effleurer ce grand objet, qui fut la cause de sa préférence pour le duc de Noailles, en parlant de ce mariage en son temps. Il faut maintenant expliquer mieux comment elle réussit enfin à entrer aussi dans les matières ecclésiastiques, et à prendre aussi une part principale dans cette partie du gouvernement.
Elle vit longtemps avec grande amertume le P. de la Chaise en possession de tout ce ministère, non-seulement avec une entière indépendance d'elle, mais sans aucuns devoirs de sa part, et eUe dans une entière ignorance à cet égard. L'éloignement du Roi marqué pour Harlay, archevêque de Paris, après une faveur si entière et si longue, avoit satisfait sa vengeance : on en a vu la cause, mais non ses désirs. Le confesseur du Roi n'en étoit devenu que plus maître des bénéfices, et de tout ce qui regardoit les affaires, dont l'archevêque avoit été tout à fait écarté. C'est ce qui donna si peu de goût à M"* de Maintenon pour le mariage de sa nièce avec le petit-fils du duc de la Rochefoucauld, qu'on a vu que le Roi vouloit faire, et qui en valut la préférence aux Noailles. Je n'assurerai pas que ce fût dans cette vue éloignée qu'elle leur aida à faire nommer le frère du maréchal-duc de NoaiUes à l'archevêché de Paris, à la mort d'Harlay, en août 1695, chose d'autant plus difiicile que les jésuites ne l'aimoient