UTILITÉ DE LA CONSTITUTION
S'il Favoit vu d'où il est, et que de là on fût aussi sen^ sible aux mêmes passions qui ont occupé toutes entières nos âmes pendant leur union avec leurs corps, il auroît su bien bon gré aux jésuites de Tart infini avec lequel ils parvinrent à manier ce maître du royaume malgré tout son éloignement d'eux, et se servir de lui, sans qu'il s'en soit jamais douté, à tout ce qui leur fut utile, pour ruiner tout ce qu'ils haïssoient et craignoient, et pour y substituer tout ce qui leur fut avantageux. Mais ce n'est pas ici le lieu ni le temps de s'étendre sur cette matière. •
Celle de la constitution, poursuivie avec tant de suite, d'attifices, d'acharnement, de violence et de tyrannie, fut donc, comme on l'a vu, le fruit amer de la nécessité pressante où les affaires indiennes et chinoises réduisirent les jésuites, de l'ambition démesurée de Bissy pour sa fortune, de celle de Rohan pour augmenter la sienne du moment que Tallart pour ses vues personnelles l'y eut déterminé, et tous deux pour être chefs du parti toutpuissant ; enfin de l'intérêt de M"* de Main tenon de gouverner l'Église comme elle faisoit l'Ëtat depuis si longtemps, et que cette partie principale n'échappât plus à sa domination. Ce champ une fois ouvert, il n'y eut plus de bornes.
Le goût changeant de M** de Maintenon s'étoit dépris du cardinal de Noailles à force d'artifices de Bissy, et des sulpiciens et missionnaires, aiguisés et soufilés par les jésuites. Elle n'avoit plus besoin de lui pour s'initier dans les affaires ecclésiastiques. Ce pont dont elle s'étoit pour cela si utilement servie n'avoit plus d'usage. Engouée de la nouveauté de Bissy, l'Elisée du feu évêque de Chartres auprès d'elle, et l'admiration de l'idiot la Chétardie divinisa toute sa conduite à ses yeux. Son alliance avec les Noailles, son ancienne amitié pour le cardinal de Noailles, qui se tournèrent en fureur contre lui, l'enfla comme d'un sacrifice fait à la vérité et à la soumission à l'Église.
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