Kutement, au manuscrit
de soupirs et d'intrigues, devint le premier personnage (et jusqu'à quel point n'en abusa-t-il pas!), tandis que M"* de Maintenon étoit la dupe de son hypocrisie. Trompée qu'elle fut par ses souplesses, ses bassesses, et par les éloges qu'il lui donnoit avec sa fausse simplicité, et son apparence grossière, elle se crut la prophétesse qui sauvoit le peuple de Dieu de Terreur, de la révolte et de l'impiété. Dans cette idée, excitée par Bissy et pour se mêler de plus en plus des choses ecclésiastiques, elle anima le Roi à toutes les horreurs, à toutes les violences, à toute la tyrannie qui furent alors exercées sur les consciences, les fortunes, et les personnes, dont les prisons et les cachots furent remplis. Bissy lui suggéroit tout, et obtenoit tout.
Ce fut alors qu'elle nagea en plein dans la direction des affaires de l'Église, et il fallut que le P. Tellier, malgré toutes ses profondeurs, vînt par Bissy compter avec elle jusque sur la distribution des bénéfices. Cela lui pesoit cruellement, mais la persécution qu'il avoit entreprise, la perte surtout du cardinal de NoalUes qu'il ne prétendoit pas dépouiller de moins que de la pourpre, de son siège et de la liberté, enfin le triomphe de leur moderne école sur la ruine de toutes les autres, étoient pour lui des objets si intéressants et si vifs, qu'il n'y avoit chose qu'il ne leur sacrifiât.
On a vu qu'il n'y en eut qu'une qu'il ne put digérer; ce fut le choix de Fleury pour précepteur. Lui étoit nommé confesseur et sous-précepteur. Il lui étoit donc capital pour être le maître, et il le vouloit être partout, de faire un précepteur à son gré. Il s'opposa en face entre le Roi et M""' de Maintenon dans la chambre de celle-ci, et si ses efforts ne réussirent pas, ce ne fut pas sans lui en avoir donné toule la peur, et Fleury ne Fa oublié de sa vie. Il ne lui en falloit pas tant pour ne jamais pardonner.
Tellier n'a pas assez vécu pour voir, ni même pour se douter du succès inouï de ce premier degré de fortune.