Le p. Tellier
2. Le nombre des lettres de cachet est resté |en blanc au manuscrit. Ce nombre est de trente mille, d*après les histoires du temps.
148 ADRESSE IMB MANSART.
ne connoissoit ni ne vouloit connoitre, mais de son împuîssaoce contre toute T Europe réunie contre lui, réduit aux plus tristes extrémités pour ses finances et pour ses frontières, il n'eut de ressources qu'à se reployer sur luimême, et à appesantir sur sa famille, sur sa cour, sur les consciences, sur tout son malheureux royaume cette dure domination, que pour avoir voulu trop étendre, et par des voies trop peu concertées, il en avoit manifesté la foiblesse, dont ses ennemis abusoient avec mépris.
Retranché jusque dans ses tables à Marly, et dans ses bâtiments, il éprouvoit, jusque dans la bagatelle de ces derniers, les mêmes artifices par lesquels il étoit gouverné en grand. Mansart, qui en étoit le surintendant peu capable, mais pourtant avec un peu plus de go&t que son maître, Tobsédoit avec des projets, qui de Tun à Tautre le conduisoient aux plus fortes dépenses. G'étoient autant d'occasions de s'enrichir, où il réussit merveilleusement, et de se perpétuer les privances qui le rendoient une sorte de personnage que les ministres même ménageoient, et à qui toute la cour faisoit la sienne. Il avoit Tart d'apporter au Roi des plans informes, mais qui lui mettoient le doigt sur la lettre, à quoi ce délié maçon aidoit imperceptiblement. Le Roi voyoit ainsi, ou le défaut à corriger, ou le mieux à faire. Mansart^ toujours étonné de la justesse du Roi, se pâmoit d'admiration, et lui faisoit accroire qu'il n'étoit lui-même qu'un écolier auprès de lui, et qu'il possédoit les délicatesses de l'architecture et des beautés des jardins aussi excellemment que l'art de gouverner. Le Roi l'en croyoit volontiers sur sa parole, et si, comme il arrivoit souvent, il s'opiniâtroit sur quelque chose de mauvais goût, Mansart admiroit également et i'exécutoit, jusqu'à ce que le goût du changement donnât ouverture pour y en faire. Avec tout cela Mansart, devenu insolent, se mit à fatiguer le Roi de demandes pour soi et pour les siens, souvent étranges, et fit si bien, qu'il fut aussi de ceux dont le Roi se sentit fort soulagé quand il
mourut. Sa brusque fin fut, comme on Va vu, le commencement de la fortune de d'Antin, qui eut sa -charge, à la vérité fort rognée de nom et d'autorité, par le démérite de n'être pas, comme Mansart, de race et de condition «ervile. Tant que M"* de Montespan vécut, jamais M"* de Main tenon n'avoit souffert qu'il parvint à mieux qu'à des bagateUes; mais délivrée de son ancienne maîtresse, elle s'adoucit pour son fils, qui en sut bien profiter, et qui marcha depuis à pas de géant dans la privance, et jusque dans une sorte de confiance du Roi, comme il marcha du même pas à la fortune.
A ces malheurs d'État, il s'enjoignit de famille, et les plus sensibles pour le Roi. Il avoit tenu avec grand soin les princes du sang fort bas, instruit par l'expérience de son jeune âge. Leur rang n'étoit monté que pour élever les bâtards, encore avec des préférences de ceux-ci pour leurs principaux domestiques, qu'on a vues en leur lieu, infiniment dégoûtantes pour les prinees du sang. De gouvernements ni de charges, ils n'en avoient que ce qui avoit été rendu au grand prince de Condé par la paix des Pyrénées, non à lui, mais au dernier Monsieur le Prince, son fils, et continués au fils de ce dernier en épousant une bâtarde, puis au fils de «ce mariage, à la mort de son père. De privances ni d'entrées, aueunes, sinon par ce mariage, qui n'avoît rien communiqué au prince de Gonti ; et pour le commandement des armées, on a vu avec quel soin ils en furent tous écartés. Il fallut les derniers malheurs, et toute la faveur personnelle de Ghamillart, pour oser proposer d'en donner une au prince de Gonti, et par capitulation à M. le duc d'Orléans, pour qui le Roi eut encore moins de répugnance, non comme neveu, mais conmie gendre bâtardement, et quand l'excès de la décadence força enfin le Roi de donner l'armée de Flandres au prince de Gonti, il n'étoit plus temps, et ce prince, dont toute la Vie s'étoit écoulée dans la disgrâce, mourut avec le regret de ne jouir pas d'une destination qu'il avoit tant et si inutilement souhaitée^ et qu'il avoit eu a