B] SURPRIS PAR LA MORT DU ROI
lui arriva ce que je lui avois prédit pour ces premiers jours, qu'il n'auroit pas le temps, de penser à rien d'important.
Deux jours auparavant M"' Sforze m'avoit envoyé prier de passer chez elle un matin. Elle étoit inquiète, et M""* la duchesse d'Orléans encore plus, des résolutions de M. le duc d'Orléans et de ses choix. Ni l'une ni l'autre ne pouvoient croire qu'il fût demeuré dans l'inaction intérieure. J'assurai M"* Sforze qu'elle n'en seroit que trop tôt convaincue, et eUe et M"* la duchesse d'Orléans le furent en eflfet pleinement quatre jours après.
J*appris la mort du Roi à mon réveil. J'allai aussitôt faire ma révérence au nouveau monarque. Le premier flot y avoit déjà passé; je m'y trouvai presque seul. Je fus de là chez M. le duc d'Orléans, que je trouvai enfermé, et tout son appartement plein à n'y pas pouvoir faire tomber une épingle par terre. Je le pris à part dans son cabinet pour faire un dernier effort sur la convocation des états généraux, qui fut entièrement inutile, et pour le faire souvenir de la parole qu'il m'avoit donnée, et à dix ou douze pairs avec moi, de trouver bon que nous demeurassions couverts lorsque nos voix seroient demandées, et pour les autres indécences des séances du Parlement, dont il convint avec moi. Je le fis souvenir aussi de ce que je lui avois proposé sur ce qui regardoit la totalité de la pompe funèbre, et qu'il avoit agréé : c'étoit d'épargner la dépense, la longueur et les disputes que feroit nsutre une si longue cérémonie, et d'en user, quoique le Roi n'eût rien ordonné là-dessus, comme il avoit été pratiqué pour Louis XIII, qui avoit tout défendu et réduit au plus simple. M. le duc d'Orléans s'y conforma en eflfet, et il ne se trouva personne qui se souciât assez du feu Roi pour relever un retranchement si entier, et qu'il n'avoit point ordonné.
Je montai de là chez le duc de la Trémoille, où nous devions nous assembler aussitôt après la mort du Roi, et où presque tous les ducs qui étoient à Versailles étoient