LE RÉGENT VISITE
composer tout comme il lui plaîroit, et tous ces Messieurs fort en peine. Il y eut -encore conseil le lendemain avec les mêmes ministres du feu Roi seulement ; et les entrailles du Roi furent portées sans aucune cérémonie à Notre- Dame, par deux aumôniers du Roi, dans un de ses carrosses, sans personne d'accompagnement. Elles le dévoient être à Saint-Denis, mais cela fut changé sur la représentation que fit le cardinal de Noailles que les entrailles des derniers rois étoient toutes à Notre-Dame.
Le jeudi, 5 septembre, le Parlement et les autres Compagnies haranguèrent le Roi. Ce même jour il parut de grandes réformes dans la maison du Roi et les bâtiments; et ses équipages de chasses furent réduits sur le pied qu'ils avoient été sous Louis XIII.
Le vendredi, 6 septembre, le cardinal' de Rohan porta le cœur aux Grands-Jésuites avec très-peu d'accompagnement et de pompe. Outre le service purement nécessaire, on remarqua qu'il ne se trouva pas six personnes de la cour aux Jésuites à cette cérémonie. Ce n'est pas à moi, qui après mon père n'ai de ma vie manqué d'assister tous les ans à l'anniversaire de Louis XIII à Saint- Denis, et qui y ai déjà été cinquante-deux fois sans y avoir jamais vu personne, à relever une si prompte ingratitude.
Ce même jour le Régent fit une action du mérite le plus exquis, si la vue de Dieu l'eût ctmduît, mais de la dernière misère parce que la religion n'y eut aucune part, et qu'alors il se devoit garder plus de respect à soimême, et n'afficher pas au moins si subitement avec quelle sécurité il étoit permis de le persécuter de la manière la plus opiniâtre et la plus cruelle. Il alla à huit heures du matin voir M"* de Maintenon à Saint-Cyr. 11 fut près d'une heure avec cette ennemie qui lui avoit voulu faire perdre la tête, et qui tout récemment l'avoit voulu livrer pieds et poings liés au duc du Maine, par les monstrueuses dispositions du testament et du codicille du Roi.
Le Régent Tassura dans cette visite que les quatre mille francs que le Roi lui donnoit tous les mois lui seroient continués, et lui seroient portés tous les premiers jours de chaque mois par le duc de Noailles, qui avoit apparemment engagé ce prince à cette visite et à ce présent. Il dit à M"* de Maintenon que si elle en vouloit davantage, elle n'avoit qu'à parler, et l'assura de toute sa potection pour Saint-Cyr, où il vit les classes des demoiselles toutes ensemble en sortant.
Il faut savoir qu'outre la terre de Maintenon et les autres biens de cette fameuse et trop funeste fée, la maison de Saint-Cyr, qui avoit plus de quatre cent mille livres de rente et beaucoup d'argent en rései've, étoit obligée par son établissement à y recevoir M"' de Maintenon, si elle venoit à vouloir s'y retirer; à lui obéir en tout comme à la supérieure unique et absolue en tout, à l'entretenir elle et tout ce qu'elle y auroit auprès d'elle, ses domestiques et équipages dedans et au dehors, de toutes choses, sans exception, à son gré, sa table et les autres nourritures aussi à son gré, aux dépens de la maison, ce qui a été très-ponctuellement exécuté jusqu'à sa mort. Ainsi elle n'avoit pas besoin de cette belle libéralité d'une continuation de pension de quarante-huit mille livres. C'étoit bien assez que M. le duc d'Orléans daignât oublier qu'elle fût au monde, et ne pas troubler son- repos à Saint-Cyr. Madame la fut voir aussi le même matin sur les onze heures. Pour elle, on a vu qu'elle lui dut tout à la mort de Monsieur, et Madame lui devoit au moins cette marque de reconnoissance.
Le Régent se garda bien de me parler de sa visite, ni devant ni après, et je ne pris pas non plus la peine de la lui reprocher et de lui en faire honte. Elle fît grand bruit dans le monde et n'en fut pas approuvée. L'affaire d'Espagne n'étoit pas encore oubliée, et le testament et le codicille fournissoient alors à toutes les conversations.
Le samedi 7 septembre étoit le jour pris pour le pre-