Voyez tome III, p. 453 et
[1715] CROSAT TRÉSORIER DE l'ORDRE. 223
à la satisfaction de tout ce qui avoit affaire à lui : rara avis certes au Palais-Royal. Le mérite fit passer ce râpé au*public; mais pour Crosat, ce fut un cri général.
Crosat étoit de Languedoc, où il s'étoit fourré chez Penautier en fort bas étage; on a dit même qu'il avoit été son laquais. Il fut petit commis et parvint par degrés à devenir son caissier. On a vu p. * quel étoit Penautier. Enrichi dans ce poste, il nagea en plus grande eau; mais il ne voulut point tâter de la finance ordinaire. Il donna dans la banque, dans les armateurs,- et devint le plus riche homme de Paris. Le Roi voulut qu'il fût intendant du duc de Vendôme, quand il ôta le maniement de ses affaires délabrées des mains et du pillage du grand prieur et de Tabbé de Chaulieu, à qui il les avoit confiées depuis longtemps; enfin Crosat fut trésorier ou receveur du clergé^qui est un emploi fort lucratif. On peut juger qu'il étoit énormément riche, et glorieux *à proportion, par le mariage qu'il fit de sa fille avec le comte d'Évreux, qui devint le repentir et la douleur de tout le reste de sa vie; mais il eut aussi de quoi se consoler par le mérite de ses trois fils, qui a fait oublier tout le reste en leurs personnes^
La Bazinière, trésorier de l'épargne, qui ne valoit pas mieux que Crosat, avoit eu sous le feu Roi la charge de prévôt et grand maître des cérémonies de l'ordre, qui est à preuves *, et par là, grâce bien plus étrange, et le Roi avoit fait, surtout en 1688, bien des chevaliers de l'ordre plus étranges encore en leur genre, dont on avoit crié, mais jamais au point qu'on fit sur le cordon bleu de Crosat. Rien de si court en robe que les Chauvelins, qui étoient des va-nu-pieds; sans magistrature, quand la fortune du chancelier le Tellier les débourba, parce que lui et le père de Chauvelin, conseiller d'État, avoient épousé les deux sœurs, lorsque le Tellier étoit encore petit compagnon au Châtelet, et Chauvelin, conseiller