DES 31AÎTRES DES REQUÊTES
dans la prétention des conseillers d'État de précéder Effiat. On se récria, on hua; mais il n'en fut autre chose : le Régent n'eut pas la force de commander. On eut recours aux conseillers du Parlement qui étoient dans les conseils ; ils répondirent qu'ils ne prétendoient pas moins que les maîtres des requêtes. On fut donc réduit à faire tout rapporter par les chefs ou les présidents des conseils, qui, excepté d'Antin, qui y excella, n'y étoient pas propres. Je raconterai là - dessus deux aventures qui montreront combien les affaires en souffrirent.
Le maréchal de Villars, qui griffonnoit à ne pouvoir être lu de personne, vint au conseil de régence avec un règlement de quarante ou ^cinquante articles que le conseil de guerre avoit fait sur les étapes, les magasins, la marche des troupes par le royaume, et divers détails qui les concernoient. 11 en fit la lecture par articles, sur chacun desquels on opina à mesure qu'il les lisoit, et on fit divers changements à plusieurs, qu'il écrivit aussi à mesure à la marge. Quand tout fut achevé, M. le duc d'Orléans dit au maréchal de Villars de relire le tout par articles, avec chacun la note qu'il y venoit de mettre, pour qu'on vît si tout étoit bien, et s'il n'y avoit plus rien, à changer ou a y ajouter. Le maréchal, qui étoit auprès de moi, prit donc son papier, lut un article, mais quand ce fut à la note,^ le voilà à regarder de près, à se to.urner au jour d'un côté, puis de l'autre, enfin à me prier de voir si je pourrois la lire. Je me mis à rire, et à lui demander s'il croyoit que j'en pusse venir à bout quand lui-même ne pouvoit lire sa propre écriture, et qu'il venoit d'écrire tout présentement. Tout le monde en rit sans qu'il en fût le moins du monde embarrassé. 11 proposa de faire entrer son secrétaire, qui étoit, disoit-il, dans l'antichambre, et qui saVoit lire son écriture, parce qu'il y étoit accoutumé. Le Régent dit que cela ne se pouvoit pas, et chacun se regarda en riant, sans savoir par où on en sortiroit. A la fin le Régent dit qu'il n'y avoit qu'à recommencer comme si on n'avoit rien fait, et