NOAILLES ET ROUILLÉ BIAÎTRES DES FINANCES
reçut peu Tapprobation du public. M. de la Rochefoucauld n'avoit droit que sur les habits, étoffes et autres choses pareilles de la garde-robe, et aucun sur pas une . des pierreries, qui dévoient demeurer au Roi. Il étoit d'ailleurs extrêmement riche. Le duc de Tresmes, premier gentilhomme de la chambre en année quand le Roi mourut, eut gros aussi, parce que Tameublement dans lequel le Roi mourut étoit fort beau; mais M. de Tresmes n'eut que ce qui appartenoit de droit et d'usage à sa charge.
Le conseil de finances commença à prendre forme. M. le duc d'Orléans y assista quelquefois, mais rarement; le maréchal de Yilleroy presque jamais. Toute l'autorité en fut dévolue au duc de Noailles, qui prit Rouillé du Goudray pour son mentor, et qui fit tout dans ce conseil avec sa férocité accoutumée, qui n'étoit plus contrainte comme lorsqu'il n'étoit que directeur des finances avec Armenonville sous Chamillart. Sa débauche, bien plus cachée alors, n'eut plus de frein ni de secret, et le duc de Noailles, toujours réglé sur le ton du maître, et qui depuis son retour d'Espagne avoit été dévot jusqu'à la mort du Roi, prit en ce temps-ci et entretint publiquement une fille de l'Opéra. Fagon fut fait conseiller d'État surnuméraire, sur l'exemple de ce même Rouillé, qui étoit unique, et que le Roi avoit fait ainsi lorsqu'il supprima les deux directeurs des finances après que Desmarets fut contrô* leur général. Des Forts et Fagon eurent les mêmes départements qu'ils avoient étant intendants des finances; Ormesson, Gilbert, Gaumont, Baudry et Dodun eurent les autres départements. On en garda un pour la Houssaye, qu'on fit revenir de Strasbourg, où on envoya Angervil- Uers intendant en sa place, qui l'étoit de Dauphiné. Les quatre premiers étoient maîtres des requêtes et devinrent conseillers d'État. Dodun étoit président d'une chambre des enquêtes, qui vendit sa charge. Nous verrons enfin la Houssaye et lui successivement contrôleurs généraux. Rouillé eut dix-huit mille livres d'appointements, et
régenta ouvertement les finances. Il devint à la mode d'admirer ses brutalités et ses débauches. Les conseils de guerre et de marine furent aussi partagés en départements, et en différents détails entre les membres de ces conseils. M. le duc d'Orléans alla quelquefois aussi au conseil de guerre, mais fort rarement. 11 travailla particulièrement aux finances et aux affaires étrangères. Il entendoit très-bien ces dernières, et se piquoit de capacité en finance.
Le samedi 28 septembre, après dîner, se tint à Vincennes, dans le grand cabinet du Roi, le premier conseil de régence, auquel pour cette fois les chefs et présidents des autres conseils furent, admis, excepté le cardinal de Noailles, à cause de sa prétention de préséance. 11 y fut réglé qu'il y en auroit quatre par semaine, savoir : le samedi après dîner, le dimanche matin, le mardi après dîner, et le mercredi malin ; qu'on se tiendroit averti une fois pour toutes de ces quatre conseils; mais qu'on le seroit des extraordinaires, outre ceux-ci, si le Régent en assembloit. Il fut réglé aussi quels jours chaque chef ou président de conseil viendroit y rapporter les affaires de son conseil; qu'il sortiroit lor,squ'elles seroient finies; quoique le conseil ne le fût pas; que tous les chefs et présidents des conseils y seroient mandés quelquefois pour des affaires extraordinaires, lorsque le Régent le jugeroit à propos. Ce premier conseil se passa en ballottages; ce ne fut que le suivant qui commença à en être un sérieux, qui ne fut que d'affaires d'État.
En ce premier, comme on fut sur le point de se mettre en place, le maréchal de Yilleroy, à qui je ne parfois point, et que je saluois fort médiocrement depuis l'affaire du duc d'Estrées et du comte d'Harcourt dont j'ai parlé en son temps, vint à moi me dire qu'élant ministre d'État sous le feu Roi; et moi ne faisant qu'entrer ce jour-là dans le conseil, il pourroit être fondé à me disputer la préséance, mais qu'il ne vouloit point former de difficulté, .le lui répondis crûment et nettement que je le précède-