Voyez tome IV, p. 96 et note
[1715] SIHIANE LIEUTENANT GÉNÉRAL DE PROVENGE. 269
quis de Villequier, son fils unique. Bachelier, fils de celui dont j'ai parlé, acheta en même te'mps de Bloin sa charge de premier valet de chambre, et je fis donner au fils de Bontemps la survivance de la sienne, qui m'en avoit prié. Oncques depuis n'ai ouï parler du père ni du fils. J'ai bien trouvé de leurs semblable^.
Le cardinal de Polignac, qui ne se soucioit plus, depuis la mort du Roi, de sa charge de maître de la chapelle, obtint permission de la vendre, et il en eut gros du frère de Breteuil. L'un fut depuis évêque de Rennes, l'autre secrétaire d'État. Leur oncle, le vieux baron de Breteuil, vendit aussi sa charge d'introducteur des ambassadeurs à Magny, fils de Foucauld, conseiller d'État, à qui il avoit succédé dans l'intendance de Gaen, où il fit tant de sottises qu'il en fut rappelé à la fin du dernier règne, après quoi il se défit de sa charge de maître des requêtes. 11 y aura plus d'une occasion de parler de cette bonne tête.
Simiane, premier gentilhomnxe de la chambre de M. le duc d'Orléans, eut la lieutenance générale de Provence, demeurée vacante depuis la mort du comte de Grignan, chevalier de l'ordre, son beau-père, et Fervaques, fils de Bullion, eut, sur sa démission, le gouvernement du Perche et du Maine. C'est ainsi que M. le duc d'Orléans donnoit à toutes mains à qui vouloit avoir, et qu'il profita si peu du conseil qu'on a vu que je lui avois donné là-dessus. Monsieur le Grand, au père duquel la charge de grand écuyer n'avoit coûté que le vol qu'il en fit, comme. on l'a vu, à mon père, fit donner au prince Charles, son fils, qui en avoit la survivance, un million de brevet de retenue dessus, ce qui étoit la rendre héréditaire, et cajolèrent si bien le duc d'Elbœuf, qui n'avoit point d'enfants, que peu après ils obtinrent pour le même prince Charles la survivance du gouvernement de Picardie du duc d'Elbœuf. Jusque-là j'avois eu patience, mais cela me piqua. J^en dis mon avis à M. le duc d'Orléans, et j'ajoutai que puisqu'il donnoit tout indifféremment atout
270 GOADJUTORERIES RÉGULIÈRES. [i7i5]
le monde, je voulois aussi la survivance de mes deux gouvernements pour mes deux fils, de Blaye pour Taîné, de Senlis pour le cadet, qu'il me donna sur-le-champ. Torcy donna la démission de sa charge de secrétaire d*État qui fut supprimée, comme celle qu'avoit Voysin, et prêta serment entre les mains du Roi de sa nouvelle charge de grand maître des postes.
J'avois représenté à M. le duc d'Orléans la triste situation de la branche aînée de ma maison, et je Tavois supplié de donner au jeune abbé de Saint-Simon, qui avoit près de vingt ans, une abbaye dont il pût aider ses frères, parce que je n'aime pas la pluralité des bénéfices. 11 lui donna Jumiéges, en même temps qu'Anchin au cardinal de Polignac, et Saint-Waast d'Arras au cardinal de Rohan. Mais il souffrit qu'ils eussent des coadjuteurs religieux de ces abbayes, qui, étant régulières, pouvoient être possédées en commende par des cardinaux, dont un des principaux privilèges est de pouvoir tout engloutir. Mais les moines surent si bien représenter à Rome la lésion de leur droit de s'élire des abbés réguliers par la nomination successive de cardinaux à leurs abbayes, que le Pape insista pour ces coadjutoreries, et que le Régent eut la foiblesse d'y consentir. Je dis la foiblesse, parce que jamais Rome ne se seroit opiniâtrée à une chose de cette qualité, et que, puisqu'on a le peu de sens de vouloir des cardinaux en France, et la manie de se persuader qu'il leur faut cent mille écus de rente à chacun, il vaux mieux les prendre sur de riches abbayes régulières qu'autres que des cardinaux ne peuvent posséder, que laisser cent mille livres de rente à un abbé moine, et donner aux cardinaux de grosses abbayes qu'autres qu'eux pourroient posséder.
M. le duc d'Orléans fit un prodigieux présent au duc de la Rochefoucauld, qui n'avoit jamais marqué que de J'éloignement pour lui, et qui n'en montra pas moins après. Ce fut de toutes les pierreries de la garde-robe qui n'étoient pas de la couronne. Ce don monta fort haut, et