‹ Mémoires de duc de Saint-SimonChapitre 225 sur 315 · DE PROTESTER, QUI EN ABUSE · texte numérisé non relu

DE PROTESTER, QUI EN ABUSE

de régence, c'est-à-dire que le Roi même venoit de rendre (car il étoit de pareille force ainsi que tout ce qui émanoit de ce conseil) , et lui signa un ordre à tout notaire qu'il voudroit choisir de recevoir ses protestations et de lui en donner acte. Outre la misère d'une foiblesse si honteuse qui alloit à saper l'autorité et la stabilité de tout ce que le conseil de régence pouvoit ordonner, le Régent n'en prévit pas les autres conséquences. Monsieur le Grand fit donc ses protestations, publia qu'il ne se tenoit pas pour battu, et qu'à la majorité il espéroit avoir justice.

Des paroles il passa tôt aux effets. La guerre recommença par les usurpations et les attaques de la grande écurie contre la petite, avec la même indécence, la même fréquence, le même danger qu'avant le jugemeipt, que Monsieur le Grand traita toujours de nul, fondé sur la permission qu'il avoit obtenue de protester contre, en sorte que, dans le fait et à la dépouille de la petite écurie près, que le premier écuyer eut, de dernier ne se trouva ni mieux ni plus en sûreté qu'avant le jugement. Les plaintes qu'il en porta au Régent furent écoutées ; mais ce fut tout. Ce prince n'imposa point; et les embûches et les entreprises et les combats furent journaliers.

Achevons cette matière, puisqu'elle se présente si naturellement, quoique elle dépasse la mesure du temps que j'ai compté de donner, si je vis, à mes Mémoires, Le prince Charles continua les mêmes entreprises journalières, à force ouverte, après la mort de Monsieur le Grand, arrivée en 1718. Le premier écuyer n'opposoit que sagesse et plaintes inutiles, dont le chagrin, qui se renouveloit tous les jours, le conduisit, enfin amèrement au tombeau en 1723, et le lui avança. Il n'est pas de ce temps d'expliquer par quelle fortune son fils obtint enfin sa charge, que M. le duc d'Orléans assurément ne lui destinoit pas, et qu'il n'eut que par la mort de ce prince, arrivée bien à propos pour lui, sans qu'il eût disposé

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