MONSIEUR LE DUC SIGNE LES DÉPENSES
de la charge, pendant plus de sept mois qu'il Tauroit pu.
Par autre fortune, Monsieur de Fréjus avoit été fort des amis de Beringhen et de sa femme. Il venoit de faire Monsieur le Duc premier ministre, qui étoit obligé de compter fort avec lui. Fréjus fit sa propre affaire de celle du premier écuyer. Il la fit décider de nouveau, mais sans forme de jugement, suivant en tout celui qui avoit été rendu par le conseil de régence. Le Roi étoit majeur ; ainsi les protestations du grand écuyer tombèrent, et il n'y eut plus pour lui à en revenir. Monsieur le Duc et Monsieur /de Fréjus lui parlèrent si ferme qu'il n'osa plus rien entreprendre sur la petite écurie, ni tenter les voies de fait. Ainsi le nouveau premier écuyer jouit, en entrant en change, d'une paix et d'un repos auquel son père n'avoit pu parvenir depuis la mort du feu Roi.
Le prince Charles, piqué de voir ses prétentions condamnées sans retour, refusa de signer à l'ordinaire, sans examen, les dépenses de la petite écurie, lorsqu'elles lui furent portées avec la signature du premier écuyer. Celui-ci, son nouvel arrêt en main, refusa de s'y soumettre, et prétendit que le prince Charles devoit, comme son père, son grand-père, et tous les Autres grands écuyers depuis Henri IIÏ, signer sans voir, sur la simple inspection de la signature du premier écuyer. Les choses demeurèrent assez longtemps ainsi. Cependant il falloit les finir pour porter ces dépenses à la chambre des comptes. On tâcha de vaincre l'opiniâtreté du prince Charles, et par raison et par exemples ; on ne put le persuader. A la fin. Monsieur le Duc, qui étoit premier ministre, déclara au prince Charles que, s'il persistoit au refus, lui, Monsieur le Duc, comme grand maître de la maison du Roi, signeroit les dépenses de la petite écurie, et les enverroit ainsi à la chambre des comptes. Le prince Charles lui répondit qu'il feroit tout ce qui lui plairoit, mais qu'il ne les signeroit pas sans les examiner. Monsieur le Duc les signa donc comme grand maître de France ; et de cette
manière le grand écuyer perdit le droit de les signer, ou plutôt l'usage, qui étoit un des plus beaux restes de son sCneienne supériorité sur la petite écurie et sur le premier écuyer du Roi.