faire cette alliance, ou cette affaire
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nous avoir engagés à lui en faire écrire par elle, il falloit du moins choisir une famille honnête et qui pût lui être de quelque utilité; que le père de celle qu'il vouloit épouser étoit un maître des requêtes si étrangement déshonoré, que le chancelier de Pontchartrain m'avoit dit avoir reçu une députation en forme des maîtres des requêtes pour lui demander de faire défaire Gourgues de sa charge, lequel n'osoit plus depuis se présenter au conseil; que son père, qui n'avoit guère meilleure réputation, avoit pourri maître des requêtes, sans avoir jamais pu être intendant; que le frère de celui-là, évêque de Bazas, étoit le mépris de la Gascogne; qu'en un mot, s'il vouloit déterminément la robe, qu'ils nous donnassent loisir de sortir honnêtement d'avec M"* d'Espinoy; et que s'il vouloit M"* Pelletier, je pouvois faire cette affaire-là par Coettenfao qui étoit leur ami intime et le mien; qu'elle étoit fille d'un premier président, sœur d'un président à mortier (depuis aussi premier président), petitefille d'un ministre d'État et contrôleur général, nièce de Pelletier de Sousy et de son fils des Forts, tous deux conseillers d'État, et actuellement en place et en grande considération ; qu'au moins c'étoit une robe illustrée en son état, et en situation de lui être utile. Ma mère et M"* de Saint-Simon le pressèrent là-dessus comme je venois de faire. Mais nous parlions à un sourd et, qui pis étoit, à un amoureux, ce que nous ne sûmes qu'après.
C'étoit le matin. L'après-dînée M"* de Sandricourt vint chez moi comme une furie. Je la laissai dire, comme on souffre les fous. De chez moi 'elle monta chez ma mère» qui ne fut pas si endurante, qui lui apprit sur sa future belle-fille ce qu'elle ne voulut pas croire, quoique connu de tout le domestique de son père et de beaucoup de gens, et lui prédit tout ce qui leur est arrivé depuis. M*' de Sandricourt sortit plus en furie que jamais. Son mari ne parut point chez nous. Cinq ou six jours après ils firent leur mariage.
3d8 OBSÈQUES DU ROI [1715]
Le rare fut que ce bel époux alla de porte en porte, chez tout ce qu'il put connoître de la robe, dire que je Favois en telle horreur, que j'avols rompu avec eux pour s'y être alliés. L'affaire du bonnet étoit lors en grand mouvement; on peut juger de Tefifet de ce discours, qui se répandit partout. Après un trait si noir d'ingratitude, de tromperie et d'atroce calomnie, nous ne voulûmes plus ouïr parler d'eux, et oncques depuis ne les avons vus.
Le père et la mère vécurent assez pour avoir vu et senti les vérités dont ma mère avertit M"* de Sandricourt, la dernière fois qu'elle l'ait jamais vue, et tous deux en sont morts dans la douleur. Leur fils plus bénin, quelque temps amoureux, après mourant de peur de sa femme, qui ne s'est guère embarrassée de mesures ni de précautions, s'est mis à la mode en doux et soumis serviteur. Il n'a point manqué d'enfants, mais souvent d'argent, sans pourtant en dépenser, et a vécu obscur dans son quartier. Il n'a pas laissé de servir et de devenir lieutenant général, jusqu'à la guerre de Bohême; mais son peu d'esprit, son triste marigige, et l'obscurité qui en est résultée, l'ont accablé, en sorte qu'on l'a laissé depuis en oubli, et sans aucune sorte de récompense. M'^* Pelletier, que je lui avois proposée, épousa depuis le marquis de Fénelon, longtemps ambassadeur en Hollande, aujourd'hui lieutenant général, gouverneur du Quesnoy, conseiller d'Ëtat d'épée, et chevalier de l'ordre.
Le vendredi 25 octobre, les obsèques solennelles du feu Roi se firent à Saint-Denis, où tout se passa dans une confusion si grande, et d'une manière si éloignée de ce qui s'étoit pratiqué à celles de Louis XIII, d'Henri IV et de tous les prédécesseurs, que je m'en épargnerai le récit, qui ne pourroit se passer d'une longue dissertation.
Dreux étoit grand maître des cérémonies, comme on Ta vu en son temps, par son mariage avec la fille de Chamillart. Son ignorance et sa brutalité étoient égales, et au comble. Il a su montrer l'une et l'autre à la guerre, où
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malgré sa valeur et sa faveur, il s'est fait détester et mépriser. Sa bêtise ne diminuoit rien de son orgueil, qui, dans le désespoir de la bassesse plus^ que très-crasseuse de sa naissance, que sa charge, son alliance, les richesses des usures de son 'père, ni le titre de marquis, si plaisamment imposé par lui au nom de sa famille, ne pouvoient recrépir, ne perdoit pas une occasion de s'en venger contre la vérité, contre le témoignage de ses registres, et contre son honneur, dont en ce genre il ne faisoit pas grand cas.
Je dis contre ses registres, parce que je les ai tous jusqu'en 17 S que pendant qu'il étoit à l'armée, sa femme, qu'il ne meritoit pas, me les prêta tous un à un, et je les fis copier et bien coUationner; et c'est sur cela que je dis qu'il alloit contre ses registres, parce que je l'y pris, et qu'il en demeura court lorsque M"* de Saint-Simon conduisit un enfant de M"* la duchesse de Berry à Saint- Denis. Il refusoit un honneur qui étoit dû, je lui citai son registre ; il fut honteux et confus, et obligé de céder. Il avoit su apparemment, à son retour de l'armée, longtemps avant ce fait, que sa femme m'avoit prêté ses registres ; il lui en fit un si étrange vacarme que je n'ai pu y revenir depuis.
Je ne crois pas qu'il y ait de jugement téméraire à penser qu'il y aura écrit tout ce qui lui aura plu. On a vu p. 135* le silence de Sainctot, maître des cérémonies alors, dans les siens, et p. 155' la fausseté de Châteauneuf dans ceux de l'ordre du Saint-Esprit, dont je ne rappellerai point ici les sujets, qui se trouveront aux pages indiquées. Ces Messieurs écrivent seuls dans les ténèbres, sans contradicteur ni inspecteur, et prétendent faire ainsi des lois. Les registres ne se faisoient pas autrefois de la sorte; et la probité de ces nouveaux venus, si