‹ Mémoires de duc de Saint-SimonChapitre 232 sur 315 · COMPARAISON DES ASSEMBLÉES [1715J · texte numérisé non relu

COMPARAISON DES ASSEMBLÉES [1715J

jurer de retourner- chez lui, de ne Fabandonner point dans cette première crise, de pardonner aux conjonctures, de compter entièrement sur son amitié, sa confiance, sa reconnoissance, en un mot les plus beaux discours du monde. J'eus grand'peine à me laisser, non pas persuader, mais aller à la bienséance ; lui-même me dit encore plus de merveilles, et quoique malgré moi, je me laissai rengarier*. G'étoit avant la formation arrêtée des conseils. Je ne fus pas longtemps à m'apercevoir de pis que de mollesse.

Les conseils formés, et toutes les affaires en train, il fut question de la nôtre avec le Parlement. A tout ce qui s'étoit passé là-dessus, sous le feu Roi dans les derniers temps de sa vie, du su et sous les yeux de M. le duc d'Orléans, et aussitôt après la mort de ce monarque, où la parole du Régent se trouvoit engagée à nous d'une manière si formelle et si redoublée, et de plus encore si solennelle, en pleine séance du Parlement, il y avoit lieu de compter que nous aurions enfin justice des scélératesses du duc du Maine et de celles du premier président, gens d'ailleurs si contraires à M. le duc d'Orléans. Je dois, quoi qu'il ait fait, trop de respect à sa mémoire pour vouloir le montrer par un aussi vilain côté que fut celui que nous en éprouvâmes; je dois aussi trop de considération à mes confrères pour entrer dans un détail dont la vérité seroit si fâcheuse pour la plupart : je dois encore assez d'égards au grand nom de l'ordre dont je suis moi-même, pour éclairer toute la duperie, l'envie, la jalousie, le bas et aveugle intérêt de la conduite de ceux qui nous attaquèrent sous un nom si auguste, et si peu celui de la plupart de ceux qui osèrent s'en couvrir, et qui se dévouèrent à être le jouet du duc et de la duchesse du Maine, et la honte de la véritable noblesse par la folie égale de leurs calomnies, de leurs prétentions, et de leur abandon à celles des gens

1. Saint-Simon francise le verbe latin angariare, charger. Voyez l'Évangile de saint Matthieu, chapitre xxvn, verset 32 : hune angariaverunt, ut tolleret crucem ejus.

du Parlement, avec qui l'intérêt de leurs moteurs les avoit amalgamés, à leur ruine, et à la dérision et la compassion de tout ce qui n'avoit pas pris les folles impressions que souffloit tout Fart pernicieux du duc et de la duchesse du Maine.

On vit la haute noblesse s'émouvoir et se rassembler en 1649, et demander et obtenir l'adjonction des ducs contre les nouveaux rangs accordés à MM. de Bouillon et de Rohan , comme injurieux à la noblesse et nuisibles à l'État. On lui vit obtenir ce qu'elle demandoit, qui fut rendu après l'orage à qui il avoit été ôlé. Enfin on vit cette assemblée vouloir se mêler des affaires, et embarrasser la cour, qui fut obligée de chercher les moyens de la séparer, et de l'empêcher après de se rassembler. Au moins avoil-elle raison dans son premier objet, puisque rien n'est en efifet si injurieux à des maisons illustres et anciennes que d'en voir d'autres qui ne sont pas meilleures, ou qui sont mêmes inférieures, distinguées d'elles par un rang et une supériorité si marquée, accordé au seul titre de naissance; et puisqu'il n'est rjen de si pernicieux à un État, ni d'un si corrupteur exemple, que d'accorder des grâces si nouvelles, si inouïes, si étendues et si éclatantes, pour prix d'une suite continuelle de menées (comme aux Rohans), de complots, de révoltes ouvertes, de pratiques dedans et dehors le royaume, de trahisons, de prises d'armes contre le Roi, d'un cercle sans fin d'abolitions et de nouveaux crimes (comme aux Bouillons). 'ici on vit le beau nom de la haute noblesse flétri par un tas de safraniers*, mais reçus par les nobles pour faire nombre, et prendre un objet tout opposé à celui de 1649.

11 ne s'agissoit point alors des bâtards, ni d'y prendre parti, et nulle apparence que la noblesse pût entrer à découvert dans celui du Parlement contre nous. Mais celui du duc du Maine vouloit rassembler les borgnes et

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