‹ Mémoires de duc de Saint-SimonChapitre 244 sur 315 · BIENÉES DU DUC DE NOAILLES · texte numérisé non relu

BIENÉES DU DUC DE NOAILLES

petites assemblées secrètes; ensuite pour leur donner du poids il y en eut de plus nombreuses chez le maréchal d'Harcourt, qui n'étoit plus portatif; et qui n'étant plus en état de rien comprendre, encore moins de disserter, les couvrit de son ombre, et applaudissoit de la tête avec de grands yeux ouverts et étonnés à ce que Noailles expliquoit, comme de sa part. Je voyois, il y avoit du temps, les progrès de cet Achitophel; je comprenois qu'il réussiroit enfin ; je n'allois plus qu'à regret à nos assemblées chez l'ancien de nous qui se trouvoit à Paris, et souvent il falloit me presser pour m'obliger à m'y rendre. Enfin un jour que nous fûmes tous avertis de nous trouver chez le cardinal de Mailly, archevêque de Reims, nous le fûmes une heure après pour nous rendre chez le maréchal d'Harcourt.

De ce moment je vis ce qui alloit arriver, et je résolus de me tenir chez moi. Je n'avois garde d'aller chez le maréchal d'Harcourt, où pas un de notre union n'avions jamais été, et où pour la première fois nous étions priés de nous trouver, parce que je ne voulus pas me livrer à des disputes inutiles sur un parti bien pris entre eux, et qu'ils ne vouloient que nous déclarer, pour rendre la division plus invariable par tout ce qu'il étoît difficile qui n'accompagnât pas, dans les termes où on étoit arrivé, l'action de cette assemblée, si nous nous y fussions rendus; aussi pas un de nous n'en fut-il tenté.

Je ne voulois pas, non plus, aller chez le cardinal de Mailly, pour y assister, pour ainsi dire, à nos funéraiUes, car ce les furent en effet. Mais je fus si pressé de plusieurs, et le matin même par M"* de Saint-Simon, qui me représenta qu'il y auroit de la honte d'abandonner ceux avec qui j'avois toujours été uni, que je m'y en allai. Gela fit que j'y arrivai des derniers, qu'on y avoit été dans l'inquiétude de mon absence, et que je fus reçu avec de grands témoignages de satisfaction. On attendit longtemps ceux qui étoient de chez M. d'Harcourt. Tous les nôtres étoient chez le cardinal de Mailly, et le duc de Rohan de

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plus qui déclama fort contre les autres, ainsi que nous tous. Mais il ne s'y fît rien. Nous déplorâmes un schisme et une scission fatale, et après être demeurés ensemble fort tard, nous résolûmes de ne plus battre Tair en vain, de céder à la trahison d'une part, et à Tentraînement de l'autre, et de laisser aux temps et aux occasions à faire repentir le Régent de son manquement de parole et de son déni de justice, et à ces Messieurs de chez M. d'Harcourt à se mordre longuement les doigts de leur duperie et de leur conduite, qui perdoit tout entre nos mains. Nous nous embrassâmes les uns les autres, et nous nous promîmes une amitié et une union réciproque entre nous, auxquelles pas un n*a manqué. A Fégard des autres, froideur et civilité.

Ainsi par Tambition et les artifices du duc de Noailles et de ses consorts, et la simplicité de leurs dupes, se fît cette meurtrière division qui mit fin [à] nos poursuites, donna lieu au Parlement de triompher moins de nous que du Régent, et procura à ce prince un court repos qu'il paya chèrement après. Prenons haleine après un si fâcheux récit, et retournons sur nos pas, dont, pour Tachever de suite, il nous a fort détournés.

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