CHAPITRE XVI
M"" la duchesse de Berry obtient une compagnie de gardes; le chevalier de Roye en est capitaine, et Rion lieutenant; ce que devient le chevalier de Roye ; Harling est aussi capitaine des gardes de Madame, mais siyis compagnie. — M"** la duchesse d'Orléans prend quatre dames auprès d'elle, tôt après imitée en cela par Madame la' Duchesse et par d'autres princesses du sang. — Moit du comte de Poitiers, dernier mâle de cette grande et illustre maison. -^Mort d'Humbert; Chirac en sa place premier médecin de M. le duc d'Orléans. — Vergagne bien singulièrement grand d'Espagne. — Mort de la princesse de Cellamare. — Le lils de Matignon ilnit son mariage, et est duc et pair de Valentinois.— Douze millions du clergé au Roi. — Vingt milles livres de rente sur les juifs de Metz au duc de Brancas. — Pontchartrain reçoit ordre de donner la démission de
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sa charge de secrétaire d'État^ qui est en même temps donnée à Maarepas, son fils. — Caractère du comte et de la comtesse de Roucy. — Éclat entre le comte et la comtesse de Roucy et moi, qui nous brouille pour toujours. — Le maréchal d'Harcourt obtient pour son tils la survivance de sa charge de capitaine des gardes dn corps.
On vit à la cour des nouveautés singulières, qui en produisirent bientôt après de plus étranges. Rien n'égaloit Torgucil de M"* la duchesse de Berry, comme on l'a dit et montre ailleurs, et son empire sur Tesprit de M. le due d'Orléans étoit toujours le même, quoique peu mérité. Elle se mit en tète de vouloir avoir un capitaine des gardes. Jamais fille de France n'en avoit eu. G'étoit un honneur inconnu même aux reines mères et régentes, jusqu'à la dernière, mère de Louis XIV, qui en eut un. Madame n'y avoit jamais songé, et M. le duc d'Orléans résista d'abord à cette fantaisie, mais il y céda bientôt, et voulut en même temps que Madame en eût un, puisqu'elle étoit de même rang que M"* la duchesse de Berry, et il se chargea de le payer, parce que Madame, dont la maison étoit grosse et les revenue ne l'étoient pas, n'en voulut pas faire la dépense. Elle choisit Harling, gentilhomme allemand, qui avoit été nourri son page, dont elle affectionnoit la personne et la famille, qui étoit lieutenant général, et qui s'étoit distingué à la guerre. Il étoit fort honnête homme d'ailleurs, doux et simple, avec de l'esprit, et le même qui fit avec Péri cette belle et singulière retraite d'Haguenau, après l'avoir bien défendu, connne je l'ai raconté en son temps.
M"* la duchesse de Berry choisit le chevalier de Royo, qui l'avoit été de M. le duc de Berry-. Il étoit le dernier des frères du comte de Roucy, et n'avoit rien ; il épousa bientôt après la fille de Prondre, un des plus riches financiers de Paris, dont il eut beaucoup. Il prit le nom de marquis de la Rochefoucauld, mourut lieutenant général à cinquante et un ans, en 1724, et ne laissa qu'une fille unique, qui a épousé M. de Midelbourg, frère du maréchal d'Isenghien.
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Madame n'eut point de compagnie de gardes, et continua de se servir de ceux de M. le duc d'Orléans. M"* la duchesse de Berry* n'avoit que peu de gardes, et point de compagnie. Elle en voulut une, dont elle donna la lieutenance à Rion, et renseigne au chevalier de Gourtaumer. J'entre [dans*] ce bas détail, parce qu'il sera fort mention de Rion dans la suite, et que c'est ici la première fois qu'on ait ouï parler- de lui.
On a vu en son lieu que Madame aimoit fort deux dames que Monsieur haïssoit fort, ce qui a été expliqué en son temps, et qu'à la mort de Monsieur, le Roi lui permit de les prendre auprès d'elle pour l'accompagner, même à Marly. G'étoit la maréchale de Glérembault et la comtesse de Beuvron, laquelle étoit morte il y avoit longtemps, et qui ne fut point remplacée, G'étoit le premier exemple de fille de France qui eût eu des dames attachées à elle, autres que sa dame d'honneur et sa dame d'atour. Les courses et les parties contiuelles de M""* la duchesse de Berry, ou seule, ou avec M** la duchesse de Bourgogne au commencement de son mariage, obligèrent M"* de Saint-Simon à demander du soulagement pour la suivre. Le Roi lui permit de lui proposer quatre dames, comme on a vu en son lieu ; ce fut le second exemple. En France, ils sont contagieux et s'étendent facilement par la vanité. M"* la duchesse d'Orléans, petite-fiUe de France, mais femme du Régent, en profita pour s'assimiler, au moins en cette partie, aux filles de France, et M. le duc d'Orléans n'étoit pas homme à l'en refuser, sans pourtant se soucier de cette nouvelle distinction.
Elle prit donc quatre dames, qui furent la comtesse de Tonnerre, petite-fille de la maréchale de Rochefort, sa dame d'honneur, et fille de M"* de Blansac, qu'elle avoit tant et si longtemps aimée, et avec qui elle étoit brouillée depuis plusieurs années, et la demeura toujours. Quoique