Saint-Simon a écrit de, pour dans
342 MORT d'humbert, premier médecin [1715]
M""* de Tonnerre fût mariée dans une maison riche, elle avoit besoin de se tirer d*avec un mari imbécile, et qui pouvoit pourtant avoir ses fantaisies et ses volontés. M"* de Gonflans fut la seconde : elle étoit veuve d'un premier gentilhonmie de la chambre de M. le duc d'Orléans, et fille de M"* de Jussac, qui avoit élevé M"* la duchesse d'Orléans, et qu'elle avoit toujours fort aimée. Elle choisit encore M™" d'Espinay, fille de M. et de M"* d'O, et c'étoit tout dire pour M"* la duchesse d'Orléans. Ces deux-là trouvèrent une subsistance et une occupation dans ces places.
On a vu en son lieu que nous avions marié, il y avoit un an, M^^* de Malause au comte de Poitiers, dernier mâle de cette grande et illustre maison. 11 venoit de mourir en quatre jours de la petite vérole, laissant sa femme grosse d'une fille, qui fut un grand parti en tout sens, et qui à épousé le duc de Randan, fils aîné du duc de Lorges. Ce fut un grand dommage de ce comte de Poitiers qui promettoit beaucoup et n'avoit rien à reprendre. Sa veuve demeuroit fort jeune, sans belle-mère et fort menacée par une de ses belles-sœurs, qui se proposoit de lui redemander tout le bien du comte de Poitiers, si elle accouchoit d'une fille. Ces circonstances nous engagèrent à la mettre chez M"* la duchesse d'Orléans, et je n'eus que la peine de le lui demander; elle fut bien aise de me faire plaisir de bonne grâce, et plus encore de meubler sa maison d'une femme de cette qualité.
M. le duc d'Orléans perdit en ce même temps Humbert, un des plus grands chimistes de l'Europe, et un des plus honnêtes hommes qu'il y eût, et qui étoit le plus simple et le plus solidement pieux. C'étoit avec lui que ce prince avoit dressé sa fatale chimie, où il s'étoit amusé si longtemps et si innocemment, et dont on essaya de faire contre lui un si infernal usage. C'est ce même Humbert que M. le duc d'Orléans voulut envoyer à la Bastille par le traîtreux conseil d'Effîat, à la mort de Monsieur et de Madame la Dauphine, comme on l'a vu en son temps, et
à qui il avoit donné le titre de son premier médecin. Il choisit pour lui succét^er en cette qualité Chirac, qui passoit pour le plus grand médecin qu'il y eût, et qui Tavoit suivi en Italie et en Espagne. G'étoit d'ailleurs l'intérêt même en tout genre, avec tout l'esprit et le savoir possible. J'entre dans ce détail, parce qu'il en sera mention ailleurs, et qu'il devint enfin premier médecin du Roi, après la mort de M. le duc d'Orléans- Madame la Duchesse, qui n'avoit jamais pu s'accoutumer à voir sa sœur cadette si élevée au-dessus d'elle, ne put souffrir longtemps de lui voir des dames sans en avoir aussi. Elle trouva de la marchandise fort mêlée en tout genre, et des femmes qui, pour leur pain et leur amusement, ne demandèrent pas mieux. La facilité de M. le duc d'Orléans le souffrit, ainsi de toutes choses. D'autres princesses du sang en eurent aussi après comme il leur plut.
Le Régent favorisa aussi une autre nouveauté bien singulière. M. de Ne vers n'avoit été duc qu'à brevet, c'est-à-dire point vérifié. On a vu ailleurs que son fils unique étoit malvoulu du feu Roi par sa conduite, et par avoir également méprisé la guerre et la cour. On a vu aussi en son temps que, hors de toute espérance d'obtenir la continuation, c'est-à-dire un renouvellement du brevet de duc, il avoit épousé la fille aînée de Spinola, qui avoit acheté la grandesse de Charles II, qu'il servoit de général en Flandres, et qui étoit veuf sans garçons et hors d'état ou de volonté de se remarier.
Spinola ne mouroit point, et son gendre, qui^ par son mariage, avoit pris le nom de prince de Vergagne, s'ennuyoit fort d'attendre la grandesse si longtemps, et la duchesse Sforze pour le moins autant, qui étoit sœur dç sa mère, qui lui en avoit toujours servi, et qui l'aimoit avec la même tendresse. Dès sa jeunesse, il étoit bien avec M. le duc d'Orléans, et la débauche avoit entretenu leur commerce et la bienveillance du prince. On a vu à quel point d'amitié et de confiance unique M"** Sforze étoit