Voyez tome VI, p. 38 et note
i. Dematuhient, au manuscrit.
Saint-Simon xii. 24
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fois à Paris. Du Bois compta qu'en tournant ce prince du côté de l'Angleterre, il deviendroit nécessairement Tentremetteur, et de là le négociateur, dont il se promit toutes choses. Malheureusement il ne se trompa pas.
Rémond s'étoit fourré avec Canillac qu'il avoit gagné par la conformité de goût, et par des admirations de son esprit et de ses lumières, dont il se moquoit ailleurs, mais qui l'avoient mis dans sa confiance. 11 lui vanta Stairs, flatta sa vanité du désir de ce ministre de le connottre, à qui il fit sa cour de le mettre en liaison avec un favori de M. le duc d'Orléans. Il l'instruisit du foible du personnage ; il les joignit, et Canillac ne jura plus que par Stairs et par l'Angleterre. Tout cela se fit de concert entre du Bois et Rémond, et comme Noce leur étoit alors fort uni, et qu'avec sa tète brûlée, mais son air de philosophe, il ne laissoit pas d'usurper d'habitude une sorte d'autorité sur M. le duc d'Orléans, parce que sa philosophie n'exciuoit pas la débauche, ils Tentraînèrent dans leurs idées angloises, et dans la société de Stairs.
Tout cela se pratiquoit à Paris dans la dernière année du feu Roi, vers la fin duquel ils parlèrent à M. le duc d'Orléans des avantages uniques qu'il ne pouvoit tirer que de son union avec le roi Georges, et de là des propos, puis des offres de Stairs. M. le duc d'Orléans, qui craignoit tout alors des dispositions du Roi, et de sa dépendance de M"« de Maintenon et du duc du Maine, écouta bien volontiers ces propositions. Du Bois et Canillac y firent entrer le duc de Noailles, qui pour s'ancrer ne songeoit qu'à les flatter et s'en appuyer, et qui y donna tant qu'ils voulurent. Cette pointe se poussa jusque-là que M. le duc d'Orléans vit Stairs au Palais- Royal par les derrières.
11 m'en parla tard et par hoquets. Il savoit que je pensois sur l'Angleterre comme le feu Roi, et ne me fit cette confidence qu'après coup pour ne me la pas cacher. A chose faite il n'y a plus rien à dire, sinon que je le suppliai de ne s'engager pas trop avant, et de se bien persua-
Il7i5] MOUVEMENTS d'aNGLETERRE. 371
der que Stairs ne songeoit qu'à soi et à son parti, et à profiler des conjonctures présentes pour tirer de lui les partis les plus avantageux, qu'il sauroit après faire valoir d'une manière fort embarrassante.
Voilà ce qui causa Tindécence de la présence de Stairs dans une lanterne à la séance de la régence, où il voulut assister pour se faire de fête auprès de M. le duc d'Orléans que les mêmes personnes persuadèrent de le désirer même, pour montrer son union avec l'Angleterre, et tenir le Parlement et le duc du Maine en respect.
Ganillac, que je ne voyois même guère, vînt chez moi quelques jours auparavant* me vanter les intentions de Stairs, ses oflFres, leur utilité, et me prier, s'il venoit chez moi, de lui laisser la porte ouverte en quelque temps que ce fût. Je pris pour bon tout ce qui étoit fait, et ne voulus point de dispute avec un homme aussi infatué qu'il l'étoit de son mérite et des Anglois. L'abbé du Bois, après ce qu'on a vu que Madame dit et demanda à M. le duc d'Orléans de lui et pour son exclusion totale, se sut bon gré de sa liaison angloise, qui avoit déjà servi à le faire souffrir un peu mieux de M. le duc d'Orléans. Il la regarda de plus en plus comme son unique ressource, et s'y livra à corps perdu.
Dès le milieu du mois d'octobre, Stairs eut une longue audience du Régent sur les alarmes de son maître, qui prétendit que le comte de Peterborough avoit découvert une conspiration prête à mettre le feu au palais où demeure la maison royale, piller la banque, se saisir de la Tour de Londres et proclamer le Prétendant. On avoit surpris des lettres de M. Hervey au Prétendant ou au duc d'Ormont, qui lui furent représentées. Il voulut se tuer; mais ses blessures ne se trouvèrent pas mortelles. Le grand nombre de mécontents, et qui parloient haut dans Londres et dans les provinces, donnèrent du corps à cette prétendue conspiration dans l'esprit du roi Georges. Il demanda aux HoUandois le corps de troupes qu'ils étoient obligés de lui fournir, qu'il vouloit envoyer au duc d'Ar-
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gyle, pour s'opposer au comte de Marr, qui étoit fort suivi, avoit dps succès et se conduisoit sagement Les états généraux accordèrent trois mille Suisses, et autres trois mille suivant le traité qui fixe ces secours à six mille.
L'Espagne se refroidit beaucoup à Tégard du Prétendant depuis la mort de Louis XIV. Elle voulut au dehors satisfaire le roi Georges par toutes sortes d'extérieur à cet égard, sans néanmoins rompre avec le malheureux prince dans Tincertitude des événements, et l'Angleterre montra aussi plus de ménagement pour l'Espagne. *
L'abbé Alberoni commençoit à gouverner cette monarchie. Il suivoit, pour y parvenir, en plein les traces de la princesse des Ursins. Gomme elle il se servit de son crédit sur la reine et de son ambition, pour lui persuader de suivre les traces de M"* des Ursins pour posséder le roi, qui fut de l'enfermer, de l'obséder jour et nuit sans aucun moment d'intervalle, d'empêcher personne d'en approcher, même son service le plus indispensable, de l'accoutumer à ne travailler avec aucun ministre qu'en sa présence, et de le dominer et le tenir de façon que rien ne pût passer à lui, ni de lui à personne, qu'en sa présence et de son aveu. Ce fut aussi ce qu'elle exécuta à la lettre ; et par cette adresse Alberoni les enferma tous deux, et les gouverna seul sans les laisser approcher de personne ; ce qui se verra ailleurs avec plus de détail.
Alberoni se tint donc en grande mesure avec l'Angleterre, mais surtout avec la Hollande, dont l'union lui parut encore plus avantageuse. Il sentit bientôt le poids de l'influence de l'Empereur sur un prince d'Allemagne, qui régnant en Angleterre faisoit intérieurement son capital de ses premiers États, et qui avoit besoin du chef de l'Empire pour se conserver l'usurpation qu'il avoit faite sur la Suède, dans le temps de ses derniers désastres, des duchés de Brème et de Verden. Alberoni s'étoit encore mis dans la tête de chasser tous les étrangers des Indes
[1713] SERVITUDE DE LA HOLLANDE À l' ANGLETERRE. 373
occidentales, surtout les François, projet bien chimérique auquel il se flatta de réussir par Fintérêt et le secours des Hollandois, mais dontHntérêt étoitplus que balancé par la crainte de rupture des nations qu'on en voudroit chasser, et surtout avec l'Angleterre, dont il ne leur étoit plus possible de se séparer.
Pour entendre ce point d'espèce de servitude de la Hollande à l'Angleterre, il faut savoir qu'outre les liaisons intimes dont le roi Guillaume avoit uni ces deux puissances, par tous les liens qu'il avoit pu imaginer, tant qu'il fut à la tête de toutes les deux, la guerre sur la succession d'Espagne y en avoit ajouté un autre bien plus fort. Heinsius, pensionnaire d'HoUande, gouvernoit cette république avec un art qui l'en rendit tout à fait maître. Il étoit créature du roi Guillaume, son confident, et l'âme de son parti dans tous les temps avant et <lepuis son avènement à la couronne d'Angleterre. Il avoit pleinement hérité de sa haine contre la France et contre la personne du feu Roi. il étoit flatté dis soumissions que lui prodiguèrent le duc de Marlborough et le prince Eugène, qui lui déféroient tout, et qui avoient un intérêt personnel et pressant de perpétuer la guerre, qui étoit tout leur appui à Vienne et à Londres, et qui leur valoit infiniment en particulier. Us n'avoient pas honte d'attendre quelquefois des heures entières dans l'antichambre d'Heinsius, par le moyen duquel ils firent que les Hollandois suppléèrent à ce que l'Empereur ne pouvoit, et à ce qu'on n'osoit demander au parlement d'Angleterre, qui donnoit souvent le triple des engagements, et qu'on ne pouvoit pousser au delà. De cette façon la République se ruina si bien, que si les sept provinces avoient pu être vendues comme on vend une terre, le prix n'en auroit pas payé les dettes.
Les plus riches du pays, ne voyant donc plus de sûreté pour les fonds qu'ils prêteroient à l'État, les mirent tant qu'ils purent sur la banque d'Angleterre, en sorte que dans un État ruiné les particuliers demeurèrent riches.
374 ALBERONI ÉLOIGxNÉ DE LA FRANCE. [^71^]
Ces particuliers pour la plupart étoient toujours à la tête des villes, des provinces, du conseil d'État, des états généraux, et dans les premiers emplois et les principales commissions. Us étoient donc à peu près les maîtres des affaires, et le sont toujours demeurés par leur nombre, leur succession des uns aux autres, leur crédit. Mais en même temps leurs richesses, et même tout le bien de la plupart étant entre les mains des Anglois, les met dans une telle dépendance de l'Angleterre qu'ils se trouvent forcés d'en préférer les intérêts à ceux de leur république, et de la faire consentir, contre son propre avantage, à toutes les volontés des Anglois. C'est ce qui se voit à l'œil, et se sent dans toutes les conjonctures, tellement que jusqu'à ce jour que j'écris, la République ne s'est pas conduite autrement, et avec peu ou point d'espérance d'aucun changement là-dessus. Alberoni n'ignoroit pas sans doute cette position, et il est surprenant qu'il ait pu se flatter de se pouvoir servir des Hollandois pour chasser les Anglois des Indôs espagnoles.
On sentit bientôt, malgré toute son adresse, son peu d'inclination pour la France, en particulier pour le Régent, et pour son gouvernement. Je ne sais si ce prince eut part ou non aux lettres misérables que lo maréchal d'Estrées et le duc de Noaiiles écrivirent à ce maître italien, l'un pour lui donner part de ses nouveaux emplois, l'autre, qui l'avoit méprisé en Espagne du temps do M. de Vendôme, pour lui demander bassement son amitié. Ces recherches enflèrent Alberoni et ne le changèrent sur rien; mais il continua la correspondance qu'Effîat entre tenoit avec lui, qui pouvoit lui être utile à plus d'une chose, à ce qui a été expUqué de la perflde conduite d'Efliat. Alberoni, de plus en plus avancé dans la faveur et le gouvernement, se voulut défaire des principales têtes. Ne se sentant pas encore assez fort pour attaquer le cardinal del Giudice, il le brouilla avec Tabarada, évêque d'Osma, qui étoit gouverneur du conseil de Castillc, et d'une insupportable fierté, il le rendit odieux
[1715] NÉGOCIATION DE STAIRS. 37î>
à la reine, qui entreprit sa perte. Le roi vouloit se contenter d'une forte réprimande ; mais la reine déclara que s'il ne se retiroit, elle lui feroit donner des coups de bâton. 11 s'enfuit au plus vite en son évêché, et donna la démission de sa place.
Les troubles d'Angleterre au^mentoient, et le comte de Marr avoit des succès en Ecosse. Stairs étoit tout occupé d'empêcher la France de donner aucun secours au Prétendant, et dé lui couper le passage par le royaume s'il vouloit gagner les bords de la mer. Il avoit de bons espions; dès qu'il apprit que ce prince partoit de Bar, il courut à M. le duc d'Orléans pour lui demander de le faire arrêter. Stairs avoit proposé un traité de garantie des successions des royaumes de France et d'Angleterre, et avoit reçu pouvoir de le signer. Le Régent y voulut ajouter une alliance défensive entre ces deux couronnes et la Hollande, qu'il jugeoit nécessaire pour servir de base à la garantie réciproque. Buys, ambassadeur d'Hollande, y entra; mais Stairs, qui vouloit brusquer la garantie, s'éloignoit de l'alliance défensive, dont il craignoit la longueur de la traiter. 11 craignit aussi que le Régent ne cherchât à gagner du temps pour voir ce que deviendroient les affaires d'Angleterre, et il s'échappa à dire à Son Altesse Royale que, s'il regardoit ces troubles avec indifférence, l'Angleterre aurpit la même pour ceux qu'elle pourroit voir naître en France. Ils en étoient en ces termes, lorsque le Prétendant disparut de Bar, et que Stairs vint crier à M. le duc d'Orléans sur son passage par la France, et lui demanda de le faire arrêter.
Le Régent, qui avec adresse nageoit entre deux eaux, avoit promis au Prétendant de fermer les yeux et de favoriser son passage, pourvu que ce fût sous le dernier secret; et en même temps accorda à Stairs sa demande. 11 fit partir sur-le-champ Gontade, qui lui étoit afiUdé, et fort intelligent, et major du régiment des gardes, dont j'ai parlé plus d'une fois, avec son frère lieutenant dans le même régiment, et deux sergents à leur choix, pour
aller à Château-Thierry attendre le Prétendant, où Stairs avoit des avis sûrs qu'il devoit passer. Contade partit la nuit du 9 novembre, bien résolu et instruit à manquer celui qu'il cherchoit. Stairs, qui ne s'y fioit que de bonne sorte, prit d'autres mesures qui furent au moment de réussir; et voici ce qui arriva :
Le Prétendant partit déguisé de Bar, accompagné de trois ou quatre personnes seulement, vint à Chaillot, où M. de Lauzun avoit une ancienne petite maison où il n'alloit jamais, et qu'il avoit gardée par fantaisie, quoique il eût celle de Passy, dont il faisoit beaucoup d'usage. Ce fut où le Prétendant coucha, et où il vit la reine sa mère, qui étoit souvent et longtemps aux Filles de Sainte-Marie de Chaillot; et de là partit pour s'aller embarquer en Bretagne par la route d'Alençon, dans une chaise de poste de Torcy.
Stairs découvrit cette marche, et résolut de ne rien oublier pour délivrer son parti de ce reste unique des Stuarts. Il dépêcha sourdement des gens sur différentes routes, surtout sur celle de Paris à Alençon. Il chargea particulièrement de ceUe-là le colonel Douglas, réformé dans les Irlandois à la solde de France, qui, à l'abri de son nom, et par son esprit, son entregent et son intrigue, s'étoit insinué à Paris en beaucoup d'endroits depuis la régence, s'étoit mis sur un pied de considération et de familiarité auprès du Régent, et venoit assez souvent chez moi. Il étoit de bonne compagnie, marié sur la frontière de Metz, fort pauvre, avoit de la politesse et beaucoup de monde, la réputation de valeur distinguée, et quoi que ce soit qui pût le faire soupçonner d'être capable d'un crime.
Douglas se mit dans une chaise de poste, s'accompagna de deux hommes à cheval, tous trois fort armés, et courut la poste lentement sur cette route. Nonancourt est une espèce de petite villette sur ce chemin, à dix-neuf lieues de Paris, entre Dreux, trois lieues plus loin, et Verneuil au Perche, quatre lieues au delà; ce fut à Nonancourt où