‹ Mémoires de duc de Saint-SimonChapitre 264 sur 315 · J AUX ASSASSINS DE STAIUS · texte numérisé non relu

J AUX ASSASSINS DE STAIUS

qu elle sût pourquoi, prendre le petit pas. G'étoit le roi Jacques. M™* Lospital l'aborde, lui dit qu'il est attendu, et perdu s'il n'y prend garde, mais qu'il ait à se fier à elle et à la suivre ; et les voilà allés chez l'amie. Là il apprend tout ce qui s'est passé, et on le cache le mieux qu'il est possible, et les trois hommes de sa suite. M"' Lospital retourne chez elle, envoie chercher la justice, et, sur les soupçons qu'elle déclare, fait arrêter le valet anglois ivre et le Monsieur anglois, qui s'étoit endormi dans la chambre où elle l'avoit mené se reposer, et où elle l'avoit en dernier lieu enfermé, et aussitôt après dépêche un de ses postillons à Torcy. La justice cependant instrumente et envoie son procès-verbal à la cour.

On ne peut exprimer quelle fut la rage de ce Monsieur anglois de se voir arrêté et hors d'état d'exécuter ce qui l'avoit amené, ni quelle sa furie contre le valet anglois, qui s'étoit laissé etïivrer. Pour M"* Lospital, il l'auroit étranglée s'il avoit pu, et elle eut très-longtemps peur d'un mauvais parti.

Jamais l'Ânglois ne voulut dire ce qui l'avoit amené, ni où éloit Douglas, qu'il nomma pour tâcher d'imposer par ce nom. Il se déclara être, envoyé par l'ambassadeur d'Angleterre (qui n'en avoit pas encore pris le caractère), Ls']écria fort que ce ministre ne souffriroit pas l'affront qu'il recevoit. On lui répondit doucement qu'on ne voyoit point de preuves qu'il fût à l'ambassadeur d'Angleterre, ni que ce ministre prît aucune part en lui; qu'on voyoit seulement des desseins très-suspects pour la liberté publique et pour celle des grands chemins; qu'on ne lui feroit ni tort ni déplaisir; mais qu'il resteroit en sûreté jusqu'à ce qu'on eût des ordres; et là-dessus il fut civilement conduit en prison, ainsi que le valet anglois ivre.

Ce que devint Douglas n'a point été su, sinon qu'il fut reconnu en divers endroits de la route, courant, s'informant, criant avec désespoir qu'il étoit échappé, sans dire qui. Apparemment qu'il vint ou envoya aux nouvelles.

lassé de n'en point recevoir, et que le bruit d'un tel édat dans un petit lieu, comme est Nonancourt, vint aisément à lui dans le voisinage, où il s'étoit relaissé, et que cela le Ifit partir pour tâcher encore de rattraper sa proie.

Mais il couroit en vain. Le roi Jacques étoit demeuré caché à Nonancourt, où charmé des soins de cette généreuse maîtresse de poste qui Tavoit sauvé de ses assassins, [il] )ui avoua qui il étoit, et lui' donna une leltre pour la reine sa mère. 11 demeura là trois jours pouj* laisser passer le bruit, et ôter toute espérance à ceux qui le cherchoient; puis, travesti en abbé, il monta dans une autre chaise de poste que M"* Lospital avoit empruntée comme pour elle dans le voisinage, pour ôter toute connoissance par les signalements, et continua son voyage, pendant lequel il se vit toujours poursuivi mais heureusement jamais reconnu, et s'embarqua en Bretagne pour FÉcosse.

Douglas, lassé de ses courses inutiles, revint à Paris où Stairs faisoit grand bruit de l'aventure de Nonancourt, qu'il ne traitoit pas de moins que d'attentat contre le droit des gens, avec une audace et une impudence extrême ; et Douglas, qui ne pouvoit ignorer ce qui se disoit de lui, eut ceUe d'aller partout où il avoit accoutumé, de se montrer aux spectacles, et de se présenter devant M. le duc d'Orléans.

Ce prince ignora tant qu'il put un complot si lâche et si barbare, et à son égard si insolent. 11 en garda le silence, dit à Stairs ce qu'il jugea à propos pour le faire taire, et lui rendit ses assassins anglois. Douglas pourtant baissa fort auprès du Régent. Beaucoup de gens considérables lui fermèrent leur porte. Il tenta inutilement de forcer la mienne ; il osa me faire faire des plaintes là-dessus, qui ne lui réussirent pas davantage; bientôt après il disparut de Paris. Je n'ai point su ce qu'il étoit devenu depuis. Sa femme et ses enfants y demeurèrent à l'aumône. Il y avoit longtemps qu'il étoit mort de là la mer,

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