DUELS RÉVEILLÉS
exprès, par leur conduite et leur petit état, pour servir d'exemple de toute la sévérité des duels. Le Régent parut d'abord le vouloir; sa facilité se laissa ))ientôt vaincre. Ils perdirent leurs emplois, et leurs emplois n'y perdirent rien. Ce mauvais exemple réveilla les duels, qui étoient comme éteints. L'étrange est que M. le duc d'Orléans n'en fut pas trop fâché.
Néanmoins M. de Richelieu et le comte de Bavière ayant peu de jours après pris querelle ensemble à Chantilly, et leurs mesures pour se battre au bois de Boulogne le jour d'une grande chasse que Monsieur le Duc devoit y donner aux dames, le Régent les envoya chercher tous deux, leur lava la tête, prit leurs paroles, et leur déclara que, s'ils y nianquoient, il ne les manqueroit pas. La • chose finit ainsi.
Charost me pria de demander au Régent pour M. Ancenis, son fils, la survivance de son gouvernement de Calais et de sa lieutenance générale unique de Picardie. Je lui dis qu'il l'auroit toujours aisément, après celle de sa charge de capitaine des gardes, et pourquoi 11 ne l'auroit pas aussi bien que le maréchal d'Harcourt. Je l'obtins le lendemain.
Le chevalier de Bouillon, qui depuis la mort du fils du comte d'Auvergne avoit pris le nom de prince d'Auvergne, proposa au Régent qu'il y eût trois fois la semaine un bal public dans la salle de l'Opéra, pour y entrer en payant» masqué et non masqué, et où les loges donneroient la commodité de voir le bal à qui ne voudroit pas entrer dans la salle. On crut qu'un bal public, gardé comme Test l'Opéra aux jours qu'on le représente, seroit sûr contre les aventures, et tariroit ces petits bals borgnes épars dans Paris où il en arrivoit si souvent. Ceux de l'Opéra furent donc établis avec un grand concours et tout l'effet qu'on s'en étoit proposé. Le donneur d'avis eut dessus six mille livres de pension, et on fit une machine d'une admirable invention, et d'une exécution facile et momentanée, pour couvrir l'orchestre et mettre le théâtre et le
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parterre au même plein pied et en parfait niveau. Le malheur fut que c'étoit au Palais-Royal, et que M. le duc d'Orléans n'avoit qu'un pas à faire pour y aller au sortir de ses soupers, et pour s'y montrer souvent en un état bien peu convenable. Le duc de Noailles, qui cherchoit à lui faire sa cour, y alla, dès la première, si ivre qu'il n'y eut point d'indécence qu'il n'y commît.
M. le duc d'Orléans étoit fort importuné de Vincennes : il vouloit avoir le Roi à Paris. J'avois fait ce que j'avois pu pour qu'on retournât à Versailles. On n'étoitlà qu'avec la cour, loin de toute cette sorte de monde qui ne découche point de Paris que pour aller à la campagne. Tout ce qui avoit des affaires y trouvoient en une heure d« temps tous les gens qu'ils avoient à voir, au lieu qu'à Paris il falloit aller dix fois chez les mêmes et courir tous les quartiers. Ceux qui étoient chargés des affaires n'auroient point eu à Versailles les dissipations et les pertes de temps qui se trouvoient à Paris; et ce que je considérois davantage, c'est que loin du tumulte du Parlement, des halles, du vulgaire, on n'y étoit point exposé, comme à Paris, à des aventures de minorités, telles qiie Louis XIV y avoit essuyées, et qui l'en firent sortir furtivement une nuit de la veille des Rois. J'étois touché aussi d'éloigner M. le duc d'Orléans des pernicieuses compagnies avec qui il soupoit tous les soirs, de l'état auquel il se montroit souvent aux bals de l'Opéra, et du temps qu'il perdoit à presque toutes les représentations de ces spectacles. Mais c'étoit précisément ce qui l'attachoit au séjour de Paris, duquel il n'y eut pas moyen de le tirer. Il fit même faire une grande consultation de médecins pour ramener le Roi à Paris; mais ceux de la cour et de la ville se trouvèrent du même avis, qu'on n'y devoit mener le Roi qu'après que les premières gelées auroient purifié l'air, et éteint le grand nombre de petites véroles, même dangereuses, qui régnoient alors à Paris.
Son Altesse Royale régla la réforme des troupes, qui fut exécutée presque aussitôt après.
.392 JÉSUITES INTEHDITS À METZ ET A VERDUN. [i7i5
Ce prince ne s'étoit pas bien trouvé de ne m'avoir pas cru sur les PP. Tellier et Doucin. Ils firent tant de pratiques si dangereuses, et si hautement, que Son Altesse Royale fut obligé * de les chasser. Il eut encore la facilité de permettre au premier de se retirer à Amiens, dont révêque, aussi fanatique que lui, mais fort sot, étoit sa créature. On verra qu'il fallut encore le sortir de cet asile, où il faisoit encore pis qu*à Paris. Les jésuites firent tant d'impertinences à Metz et à Verdun, que Monsieur de Metz se trouva obligé de les interdire, et y fut tôt après imité par l'évêque de Verdun, au grand scandale de son cousin Gharost, plus fanatique qu'eux, si cela pouvoit être possible.
Biron, qui n'avoit point de bien et beaucoup d'enfants, trouva à se défaire de Taînée avec soixante mille livres pour tout, à Bonac, neveu de Bonrepaus. Bonac avoit de la capacité pour les affaires étrangères, où il avoit presque toujours été employé dans le nord et en Espagne. Lassay fils, nommé par le feu Roi pour aller en Prusse, aima mieux, après sa mort, demeurer auprès de Madame la Duchesse, qui ne le desiroit pas moins. Bonac fut destiné à le remplacer, quoique destiné à l'ambassade de Constantinople, où il alla pourtant à la fin. M. de Lauzun, frère de la mère de M"* de Biron, fit la noce.
Biron fit un autre mariage en même temps, bien différent de celui-ci ; ce fut de Gontaut, son fils, avec la fille aînée du duc de Guiche, grande et singulièrement belle et bien faite, et spirituelle, à qui son père donna vingt mille livres. Gontaut en avoit conté à des personnes en qui M. le duc d'Orléans prenoit part, il n'avoit été ni discret ni modeste, il avoit été chassé. Lassé de tuer des lièvres à Biron, au fond de la Gascogne, il étoit venu vivre à Fabbaye de Saintes qu'avoit une sœur de sa grand'mère et de M. de Lauzun. Ce fut là où on lui envoya permission de revenir pour faire le mariage, qui avoit
i. Ce participe est bien au masculin.
[i7i5] SERVICE DU FEU ROI À NOTRE-DAME. 393
toutes les apparences d'être le plus heureux, et qui néanmoins tourna le plus malheureusement du monde.
On fit le jeudi 28 novembre les obsèques solennelles du feu Roi à Notre-Dame avec les cérémonies. Maboul, évêque d'Aleth, y prononça Toraison funèbre. Le cardinal de Noailles y officia et donna à Farchevêché un ^rand repas aux trois princes du deuil qui furent les mêmes qu'à Saint-Denis, et à beaucoup de gens de la cour.
Le maréchal de Villeroy perdit une fille, qu'il avoit carmélite à Lyon, dont il parut fort affligé. Le grand prévôt, qui avoit donné sa charge à son fils, perdit sa femme de la même maladie dont le Roi étoit mort, et du même âge. Ces circonstances la consolèrent dé mourir. Elle étoit de cette ancienne et illustre maison dé Montsoreau qui est éteinte.
L'archevêque de Sens, Fortin de la Hoguelte, conseiller d'État d'Église, mourut aussi dans un grand âge. On a vu ailleurs quel il étoit, et son illustre et modeste refus de l'ordre du Saint-Esprit. Toute sa vie ne l'avoit pas été moins par la pureté de ses mœurs, la probité de sa conduite, l'assiduité dans ses diocèses (car il avoit été évêque de Poitiers), tous les devoirs d'un excellent pasteur. Il ètolt extrêmement considéré, et avoit beaucoup d'amis. 11 l'étoit fort de mon père, et j'avois entretenu cette amitié avec le soin qu'elle méritoit, et que j'ai toujours cultivée dans tous les amis de mon père.
M"* de Louvois mourut en même temps. Ce fut une perte fort grande pour sa famille, pour ses amis et pour les pauvres, et un exemple singulier de ce que peut une conduite sage, digne, suivie, dirigée par l'honnêteté, la piété et le seul bon sens. C'étoit une grande héritière d'une race dont l'illustration ne passoit pas le maréchal de Souvré, père de son grand-père; mais ce maréchal fut illustre, et eut des enfants qui le furent aussi, et qui tous ensemble mirent le nom de Souvré sur un pied dans le monde, qui n'auroit pas gagné en approfondissant, et