MORT DE M"' DE LOUVOIS
qui eut sa source dans Tesprit, le mérite, la faveur et les grands emplois de ce maréchal, qu'il couronna par celui de gouverneur de la personne de Louis XII 1 et de premier gentilhomme de sa chambre, laquelle passa à son fils avec le gouvernement de Touraine et de Fontainebleau. Tous deux aussi furent chevaliers de Tordre. Un autre de ses fils fut grand prieur de France, figura beaucoup et eut des emplois distingués au dedans et au dehors;
Le maréchal de Souvré eut deux filles qui y contribuèrent pour le moins autant; M"* de Lansac, gouvernante du feu Roi, qui de mère en fille en a transmis la charge jusqu'à la duchesse de Tallart, et M"* de Sablé, si connue par son esprit et par la singulière considération qu'elle sut s'acquérir et se conserver toute sa vie.
Leur frère avoit épousé la sœur du premier maréchal de Villeroy, dont, de cinq enfants qu'il en eut, il ne lui resta qu'un fils, qui mourut même avant lui, et qui d'une Barentin n'eut qu'une fille unique, qui naquit même posthume, et qui, excepté sa mère, qui n'avoit ni nom ni famille, et qui se remaria à M. de Boisdauphin, perdit tous ses proches avant l'âge nubile. 11 ne lui resta que le premier maréchal de Villeroy, frère de sa grand'mère, qui fut son tuteur. C'étoit un homme avisé, qui ne fit pas pour rien une si grande fortune, et qui ne se donna pas moins de peine pour la conserver. De tant de gens distingués qui le courtisoient pour le mariage de cette nièce, belle, grande, bien faite et si riche, dont il disposoit seul, il préféra M. de Louvois, au scandale de toute la France; mais M. le Tellier, son père, étoit lors au plus haut point de sa faveur et au plus florissant état de son ministère. Villeroy voulut se concilier de tels amis par un service si fort, surtout alors, au delà de leur portée, et compta pour rien tout ce qui se diroit du sacrifice de sa petitenièce qu'il se faisoit à lui-même.
Elle avoit la plus grande mine du monde, la plus belle
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et la plus grande taille; une brune avec de la beauté; peu d*esprlt, mais un sens qui demeura étouffé pendant son mariage, quoique il ne se puisse rien ajouter à la considération que Louvois eut toujours pour elle et pour tout ce qui lui appartenoit.
Au lieu de tomber à la mort de ce ministre, elle se releva, et sut s'attirer une véritable considération personnelle, qui de sa famille, où elle régna, ^passa à la cour et à la ville, où elle se renferma, et où elle sut tenir une grande maison sans sortir des bornes de son état et de son veuvage. Elle y rassembla sa famille et ses amis, et passa sa. vie dans les bonnes œuvres, sans enseigne et sans embarras. Il est immense ce qu'elle faisoit d'aumônes, et combien noblement et ordonnément elle les distribuoit. Elle alloit à la cour y coucher une nuit, une ou deux fois Tannée, toujours accompagnée de toute sa famille. C'étoit une nouvelle que son arrivée. Elle alloit au souper du Roi, qui lui faisoit toujours beaucoup d*accueil, et toute la cour à son exemple; du reste, presque point de visites, pas même à Paris; tout Tété à sa belle maison de Choisy, avec bonne compagnie, mai» décente et trayée, convenable à son âge; en un mot, une vie si honorable, si convenable, si décente et si digne, dont elle ne s'est jamais démentie en rien, que sa mort, qui fut semblable à sa vie, fut le désespoir des pauvres, la douleur de sa famille et de ses amis, et le regret véritable du public. En elle finit la maison de Souvré.
La princesse de Wolfenbuttel, sœur de l'Impératrice régnante, et femme du czarowitz qui a fait depuis une fin si tragique, mourut d'un coup de pied que son mari lui donna dans le ventre étant grosse. La vanité d'un petit prince son grand-père la sacrifia à des barbares que l'Empereur se vouloit acquérir. Sa figure, son esprit, sa vertu méritoit un meilleur sort. Elle fut toujours malheureuse avec le plus Russe des Russes, et ne reçut de protection et de douceur que du fameux Gzar son beaupère.