‹ Mémoires de duc de Saint-SimonChapitre 279 sur 315 · M. DU MAINE ME FAIT UNE VISITE · texte numérisé non relu

M. DU MAINE ME FAIT UNE VISITE

bonnet qu'il nous avoit si malicieusement tendue. Nous nous voyions sans cesse au conseil de régence ; il y cherchoit à s'attirer quelque civilité de moi par toutes celles dont il me prévenoit, sans toutefois oser me parler; il me trouvoit également sec et roide, lent et bref à lui rendre les révérences longues et marquées dont il m'accabloit. Le Roi n'étoit plus; M"* de Maintenon n'étoit plus à craindre. De leur temps je ne Tavois pas ménagé, ni ne m*étois montré plus poli à son égard depuis ce sourd éclat. Il comprenoit que je m'en contrain.drois bien moins encore ; il me voyoit dans la plus grande liberté avec le Régent, et dans une confiance qui me rendoit un personnage; sa timidité s'en alarmoit; il ne savoit comment me rapprocher.

Dans cette situation réciproque, je fus très-surpris, sur la fin du séjour de Vincennes, qu'un matin que j'y avois couché, je vis entrer le duc du Maine dans ma chambre. 11 couvrit son embarras d'un air aisé, et, avec mille prévenances, m'entretint comme si nous n'eussions jamais rien eu ensemble, et sans me parler de quoi que ce soit du passé. G'étoit l'homme du monde qui menoit mieux la parole et toutes sortes de conversations. Il usa de ce talent avec toutes ses grâces, et n'oublia rien pour me plaire, sans toucher le moins du monde à rien d'intéressant. 11 fallut bien, chez moi, tâcher de payer de même monnoie. Quoique la partie ne fût pas égale, je m'en tirai raisonnablement bien, avec assez de langage et de politesse pour ne rien mettre contre moi, avec assez de retenue, sur les compliments principalement, pour ne rien donner du mien. Cela dura plus d'une demi-heure tête à tête; c'étoit avant le conseil de régence du matin, et point du tout l'heure des visites. Ce temps qu'il avoit pris m'avoit encore été par là suspect; quknd il fut sorti, je me trouvai doublement à mon aise d'en être délivré, et que ce fût simplemen! une visite. Ce fut la première chose que je dis au Régent, un moment avant de nous mettre au conseil. Nous rîmes ensemble de la frayeur de

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