MARIAGE DE BROGLIO; DE BELLEGARDE
commis un crime irrémissible à son égard, s*il leur en étoit échappé la moindre apparence. A la mention de ce mariage, elle se douta pour la première fois qu'il pouvoit être que M"* de CaStries fût sa cousine germaine, et tout aussi [tôt] chausse le cothurne sur l'indigne alliance des NoUents. Ce n'étoit pas qu'elle eût un autre parti à leur proposer, moins encore à leur fournir de quoi prétendre à mieux; mais de ce mariage, elle n'en voulut pas entendre parler, le traita d'offense pour elle, et fît tant de bruit qu'il en demeura tout court; il fallut attendre, et cela dura six mois. Cependant ce mariage n'en fut point rompu, parce qu'il étoit réciproquement désiré. A la fin le duc du Maine et le comte de Toulouse obtinrent la levée de l'interdit, et le mariage s'acheva. Mais depuis ce moment, tout fut si dédaigneux de la part de M°" la duchesse d'Orléans, que la jeune femme n'osoit presque s'y présenter, et que M. et M"* de Castries étoient eux-mêmes fort empêchés de leurs personnes. Les pauvres jeunes gens ne durèrent guère. Ce ne fut que par leur mort, qui arriva à quatre jours l'un de l'autre, que M°* la duchesse d'Orléans se rapprocha de M. et de M°* de Castries, qui en pensèrent mourir de douleur et ne s'en consolèrent jamais.
Broglio cadet, et qui a fait depuis une si étrange fortune, épousa une très-riche Malouine, qui s'est vue assise veuve, sans l'avoir pu être mariée. Car son mari a vu la cour bien peu maréchal de France, fait bien bizarrement . duc en Bohême, d'où presque aussitôt il revint perdu, exilé, et mourut peu après dans cette disgrâce, sans avoir eu permission d'approcher la cour depuis son retour.
D'Antin maria son second fils à la fille unique de Vertamont, premier président du grand conseil, riche à millions, et plus avare, s'il se peut, que riche. Elle manquoil de bas et de souliers chez son père, dans un grenier où elle ne voyoit jamais de feu. Ses naïvetés aussi, quoique elle ne manquât pas d'esprit, et ses surprises de l'abondance et de la magnificence qu'elle trouva chez
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d'Antin, furent longuement divertissantes. Son mari prit le nom de marquis de Bellégarde. En même temps d' Antin procura à Vertamont le râpé ^ de la charge de greffier de Tordre que Lamoignon, président à mortier, vendit à le Bas de Montargis, garde du trésor royal. On cria fort de voir Tordre sur Montargis, et cela renouvela contre Crosat. On trouva étrange aussi que six hommes vivants demeurassent parés du cordon successif de la même charge qui étoient : la Vrillière, les chanceliers de Pontchartrain et Voysin, Lamoignon, Vertamont et Montargis. Les trois autres charges avoient aussi leurs vétérans et leurs râpés, mais non chacune en si grand nombre.
Le maréchal de Besons maria aussi une de ses filles, belle et bien faite, à Maubourg, brigadier de cavalerie, et très-bon officier, veuf depuis un an d'une fille de la Vieuville, mari de la dame d'atour de M"* la duchesse de Berry.
Le duc de' Melun épousa une fille du duc d'Albret. M"* d'Espinoy, sa mère, mit sa fille dans les Rohans; elle étoit Lorraine, comme on a vu souvent; elle vouloit peu à peu poulier' son fils à la principauté que son mari avoit toujours eue dans la tête.
Le mariage du fils aîné du duc de Villeroy fut arrêté avec la fille aînée du prince de Rohan. On a vu plus d'une fois ici ce que de toute leur vie furent Tun à Tautre le maréchal de Villeroy et la duchesse de Ventadour, grand-père et grand-mère de ce mariage. L'affaire publique et les compliments reçus, les Rohans crurent que rien ne la pourroit rompre. Alors ils proposèrent qu'en cas que les mâles, issus du prince de Rohan ou de son ^ fils, vinssent à manquer, cette fille aînée reçût quelque légère augmentation de dot, mais que tous les biens de cette branche passassent à celle de Guémené, et déclarèrent qu'ils les avoient substitués de la sorte. Ce n'étoit pas que le maréchal de Villeroy se souciât de biens, ni