‹ Mémoires de duc de Saint-SimonChapitre 288 sur 315 · MARIAGE ROMPU DU MARQUIS DE VILLEROY · texte numérisé non relu

MARIAGE ROMPU DU MARQUIS DE VILLEROY

qu'il espérât que cette fille vît mourir tous les mâles de sa branche, mais il ne voulut pas être la dupe des Rohans, moins encore leur valet, et faire un mariage avec une condition qui lui sembla honteuse, et qui ne lui fut déclarée qu'après que tout eût été convenu. Il rompit donc avec le plus grand éclat. Mais le vieil amour du maréchal de Villeroy et de la duchesse de Ventadour ne put souflfrir un long divorce. Il remit môme peu à peu quelque sorte de bienséance entre les Rohans et les Villeroy, qui en firent môme les avances pour plaire à M"« de Ventadour. Mais ils ne le pardonnèrent jamais au maréchal de Villeroy, et furent les. sourds mais principaux instigateurs de sa catastrophe. Mais ils s'en cachèrent tant qu'ils purent, à cause de M" de Ventadour qu'ils avoient un si grand intérêt de ménager et de gouverner, comme ils ont fait toute sa vie, et dont le cœur étoit depuis tant d'années si inséparablement attaché au maréchal de Villeroy. Il eut bientôt lieu d'être dépiqué par la figure, le bien et la naissance, en quoi il ne perdit rien aux Rohans. Six semaines après, il maria son petit-fils à la fiUe aînée du duc du Luxembourg.

Les Rohans, de leur côté, ne voulurent pas demeurer en reste. Ils tonnelèrent^ aisément le duc Mazarin, qui consentit à leur substitution, et le mariage se fit du duc de la Meilleraye, son fils unique, qui n'avoit que quinze ans, un mois après celui du marquis de Villeroy avec M"" de Luxembourg.

La maréchale de Noailles maria sa huitième et dernière fille au fils de Courtenvaux, qui devoit être trèsriche. Le duc de Noailles obtint pour cela du Régent que le père cédât à son fils sa charge de capitaine des Cent- Suisses, et d'en conserver les appointements et la survivance. Ainsi le maréchal d'Estrées fut beau-frère de tous deux : du père, mari de sa sœur; du fils, son neveu, quî épousa la sœur de la maréchale d'Estrées.

i. Voyez tome IV, p. 44:î, note 2.

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