‹ Mémoires de duc de Saint-SimonChapitre 294 sur 315 · QUERELLE ENTRE RICHELIEU ET GAGÉ · texte numérisé non relu

QUERELLE ENTRE RICHELIEU ET GAGÉ

n'étoit pas reçu au Parlement, comme s*il étoit moins pair de France faute de cette réception, après celle de son père. 11 y eut en bref un ajournement personnel, et se rendre dans quinzaine à la concierge du Palais, avant Texpiration duquel M. le duc d'Orléans les envoya à la Bastille. Ce nonobstant, le Parlement leur fit signifier en leurs domiciles Tajournement personnel, et de se rendre à la Conciergerie. Ces Messieurs furent fort visités à la Bastille. Cette prétendue noblesse, excitée par M. et M"* du Maine, dont on a parlé en son temps, fermentoit toujours, et trouva fort mauvais que les ducs qui alloient voir les deux prisonniers à la Bastille gardassent leurs épées, et qu'ils fussent obligés de laisser les leurs à la porte. Grand bruit, à leur ordinaire; mais de ce bruit il n'en fut autre chose sinon que le Régent qui savoit bien ce qui en étoit et devoit être, eut la complaisance de faire perquisition de Fusage, qui se trouva tel qu'il se pratiquât et que cette prétendue noblesse s'en plaignoit. Ainsi elle continua à laisser les épées à la porte de la Bastille, et les ducs à la conserver en entrant dans cette prison et dans toutes les autres où ils vont voir quelqu'un, comme du temps du feu Roi il m'est arrivé au For-l'Évêque, sans qu'on y ait songé à me parler de quitter mon épée, ce que je n'aurois pas souffert aussi.

Le Régent, qui se plaisoit aux mezzo-lermine, favorables à sa foiblesse et à son goût politique d'abaissement et de confusion, et de tenir tout brouillé, laissa faire le Parlement, et fit seulement écrire une lettre du Roi à chaque prince du sang, bâtard, et autre pair, pour se trouver au jugement du duc de Richelieu. Les princes du sang furent piqués de ce que cette qualité se trouva également mise à la suscription de leurs lettres et de celles des bâtards. Monsieur le Duc, M. le prince de Conti et le duc du Maine déclarèrent qu'ils n'iroient point au jugement du duc de Richelieu comme étant ses parents trop proches. Ce fut une défaite que le Régent leur suggéra pour éviter noise. Les princes du sang s'étoient vantés

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qu'ils empêcheroient les bâtards de traverser le parquet, et quand ce fut à Texécution, ils se trouvèrent encore plus contents de cette raison d'en éviter l'occasion, que ne fut le Régent même, qui la leur fournit. Le prince de Dombes et le comte de Toulouse s'y trouvèrent avec les autres pairs. Le Parlement, ne pouvant pis après tout ce qu'il avoit entrepris et usurpé dans cette affaire, ordonna un plus amplement informer, et garder prison deux mois.

Quand le jour du jugement définitif* s'approcha, il fut dit que le Roi n'écriroit qu'aux pairs, et point aux princes du sang, ni à MM. du Maine et de Dombes, comme exclus par leur parenté. M. de Donibes y avoit pourtant assisté une fois, mais on prit ce milieu pour faire en sorte que le comte de Toulouse se laissât persuader de n'y point aller, et d'avoir cette déférence pour les plaintes amères que Monsieur le Duc avoit faites, et continuoit de porter au Régent, de ce que le prince de Dombes et lui s'étoient trouvés à la dernière séance. Le prince de Dombes se vouloit bien exclure de celle-ci comme parent, ainsi que son père, par M"* la duchesse du Maine. Mais le comte de Toulouse, qui n'avoit point cette raison, persista à s'y vouloir trouver. Aussi fit-il^ et traversa le parquet. Les pairs, tous convoqués par le Roi, y assistèrent. Il y eut arrêt de plus amplement informer pendant trois mois, et cependant mis en liberté. Ils sortirent le même jour de la Bastille; il y avoit six mois que cela duroit. J'ai cru devoir rapporter cette affaire tout de suite.

Dans ce même temps de la querelle du duc de Richelieu et du comte de Gacé, il y eut un badinage de rien entre deux jeunes gens ivres à souper chez M. le prince de Conti à Paris, à quoi eux-mêmes ni personne n'eût pris garde sans la malice des convives, excités par l'exemple du maître de la maison, qui leur apprit le lendemain qu'ils avoient eu une affaire la veille, et qui voulut faire

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