CONTRASTES
Un jésuite, qui s'appeloit le P. Riglet, qu'elle avoit connu enfant, et qui Tavoit toujours cultivée depuis, étoit admis dans ces repas particuliers sans qu'il en eût honte, ni que M"* la duchesse de Berry en fût embarrassée. M"* de Mouchy, dont j'ai parlé ailleurs, étoit la confidente de tous ces étranges particuliers; elle et Rion mandoient les convives, et choisissoient les jours. La Mouchy raccommodoit souvent sa princesse avec son amant, qui en étoit mieux traitée qu'elle, sans qu'elle osât s'en apercevoir, de crainte d'un éclat qui lui auroit fait perdre un amant si cher et une confidente si nécessaire. Cette vie étoit publique : tout à Luxembourg s'adressoit à M. de Rion, qui de sa part avoit grand soin d'y bien vivre avec tout le monde, même avec un air de respect qu'il refusoit, même en public, à sa seule princesse. Il lui faisoît devant le monde des réponses brusques qui faisoient baisser les yeux aux spectateurs, et rougir ceux de M"* la duchesse de Berry, qui ne contraignoit point ses manières soumises et passionnées pour lui devant les compagnies. Le rare est que, parmi cette vie, elle ^prit un appartement aux Carmélites du faubourg Saint-Germain, où elle alloit quelquefois les après-dînées , et toujours coucher aux bonnes fêtes*, et souvent y demeuroit plusieurs jours de suite. Elle n'y menoit que deux dames, rarement trois, presque point de domestique; elle mangeoit avec ses dames de ce que le couvent lui apprêtoit, alloit au chœur ou dans une tribune à tous les offices du jour, et fort souvent de la nuit; et outre les offices, elle y demeuroit quelquefois longtemps en prières, ety jeûnoittrèsrexactement les jours d'obligation.
Deux carmélites de beaucoup d'esprit, et qui connoissoient le monde, étoient chargées de la recevoir et d'être souvent auprès d'elle. Il y en avoit une fort belle; l'autre l'avoit été aussi. Elles étoient assez jeunes, surtout la plus belle, mais d'excellentes religieuses, et des saintes, qui