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Entrée de M. Casgrain au Parlement—Sa correspondance—Sohn Bowthorp—Mme Ross-Lewin.
Le 6 avril 1830 naquit Auguste, mon troisième fils.
Dans le mois de juillet, le roi Georges IV étant mort, le parlement canadien fut dissout, ce qui donna lieu à de nouvelles élections. A cette époque nous nous trouvions à Québec, votre père et moi, et il
fut vaguement question de le porter candidat pour le comté de Kamouraska. À notre retour à la Rivière-Ouelle, sur la réquisition formelle d’un bon nombre de ses amis, votre père accepta cette candidature. Comme il fallait alors pour chaque comté deux représentants, M. Amable Dionne fut choisi pour son collègue. Tous deux crurent d’abord qu'ils n'auraient pas d’opposants, mais peu après M. Marquis de la paroisse de Saint-André, et M.
Bédard avocat de Québec, se mirent sur les rangs. L'élection eut lieu dans le mois de septembre ; MM. Dionne et Casgrain sortirent victorieux de la lutte, et furent proclamés représentants du comté de Kamouraska le 30 septembre 1830. On contesta l'élection, et il fut tenu à cet effet une cour d'enquête à Kamouraska, où toutes les minuties dont la loi est susceptible en pareil cas furent mises en œuvre.
On transféra ensuite tout le dossier au Parlement, où lecture s’en fit en français, non pas en comité mais séance tenante.
Or il y avait en chambre un vieux représentant anglais, le bonhomme Dunlop, comme on l’appelait ordinairement, qui ne comprenant mot à la langue française, et entendant souvent répéter les noms unis ensemble de Dionne et Casgrain, se prit à dire tout-à-coup, d'un ton élevé : “ Well, ‘ that Johnny Casgrain must be a very ‘ active fellow, since his name comes s0 “ often, he is everywhere l”” ce qui excita au plus haut degré l’hilarité de toute la chambre. | Toutefois l'élection fut maintenue, et c'était disait-on alors la première élection contestée qui l’eût été depuis la constitution, C’est ainsi que votre père entra dans la vie publique. Mais pour lui, comme pour bien d’autres, tout n’y fut
pas rose, souvent il se prenait à regretter les joies tranquilles de son foyer et les douceurs de la vie de famille, comme l’attestent plusieurs passages de ses lettres, probablement écrites sur son pupitre parlementaire.
+4 Si j'étais à mon choix, écrivaitil, je serais au milieu de vous, au lieu de m’ennuyer ici; ma consolation est de t’écrire ; au lieu de sortir et de me dissiper, je préfère rester à la maison et vivre aussi retiré que possible. La semaine, il y a à s'occuper, mais les dimanches sans occupations et loin de ce que j'ai de plus cher au monde, les journées pèsent et ne finissent plus... Personne ne devrait me plaindre, je suis la cause de mon sort, ”
Favorablement connu à Québec, M.
Casgrain aurait pu fréquenter les salons où se réunissait l'élite de la société de cette ville, et ainsi secouer son ennui ou
du moins l'alléger ; mais rien ne lui répugaait plus que les bals et les soirées.
Aussi n’acceptait-il d’autres invitations que celles où on le demandait à dîner, et lorsque les convenances l'y contraignaient ; encore s’en plaignait-il.
‘ J'ai été dîner jeudi au château, plu tôt par raison que par plaisir. Nous avons eu un assez bon dîner, c’est-à-dire plus adapté aux yeux qu’au goût. J'avais pour un de mes voisins le curé Maguire, et de l’autre côté vis-à-vis de moi M. Turgeon ! ; ce qui m’a procuré une conversation agréable. Nous avons dîné dans le vieux château, dans la grande salle de danse. I] pouvait y avoir une centaine de convives, parmi lesquels étaient divers officiers de l'état-major et des autres départements militaires. La bande de musique jouait